Milan Kundera - La plaisanterie

Publié le par Patrick Chabannes

Milan Kundera - La plaisanterie

Lecture de La plaisanterie, écrite en 1965, en sa version définitive de 1985 avec la traduction du tchèque revue par l’auteur apportant à la version française une simplicité et un dépouillement illuminant de ce très beau texte.

L’œuvre est une histoire d’amour sur fond de l’histoire tchèque. Histoire d’amour, de vengeance, de haine et de lâcheté. Les principaux protagonistes d’objets deviennent narrateur au fil des sept parties. Cette figure de style, utilisée par Sandor Maraï dans Métamorphose d’un mariage, fait toujours mes délices et fera le votre.

La vie de Ludvik, étudiant révolutionnaire, bascule quand, après une simple plaisanterie sur une carte postale libellée ainsi “L’optimisme est l’opium du peuple ! L’esprit sain pue la connerie. Vive Trostki !”, en 48, il est exclu du Parti, de l’Université et envoyé en camp de rééducation. Il y fabriquera ses ressentiments pendant cinq années. Réintégré dans la vie tchèque, en 53 il revient accomplir dans sa ville natale sa vengeance. Les destins croisés de Ludvik, Lucie, Pavel, Ksotka, Helena servent à la fois le roman d’amour et de sentiments comme la Mittel Europa semble savoir produire avec tant de talent et une description de la société tchèque du coup d’Etat de 1948, puis la désillusion jusqu’à l’invasion russe de 1968. .

Une réflexion sur l’humour. La liberté dans une société se mesure selon son degré d’acceptation de la plaisanterie, de la dérision. Du politiquement correct, règne de l’autocensure, aux tribunaux de salut public, testez la société à sa capacité à accepter l’humour, celui qui met en cause ses fondements, celui qui d’une pirouette pose les questions dérangeante sur les valeurs. Ne confondons pas avec l’humour gras, facile servi par des bouffons esclaves de ces mêmes sociétés.

De la jeune communiste “J’ai toujours pensé que la créature humaine était indivisible, seul le bourgeois dans son imposture se partage en un être public et un homme privé, tel est mon credo.”

“Naturellement ! L’appareil chargé de la propagande veille au bon ordre dans la galerie des grands morts. Parmi les héros, il faut un héros chef.”

Ecrit en 1965 ! ”Depuis des siècles le scepticisme rationaliste corrode le christianisme. Il le corrode mais il ne le détruira pas. Mais quant à la théorie communiste, pourtant son œuvre à lui, il la détruira d’ici quelques décennies. En vous, Ludvik, il l’a déjà détruite. Et vous le savez bien.”

“Mais justement chez Zemanek je ne l’attendais pas ; dans ma mémoire il était demeuré pétrifié sous la forme où je l’avais vu la dernière fois et je lui déniais maintenant le droit d’être autre que je ne n’avais connu.”

Lectori salutem, Nathan

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