Godefroy Kurth – Clovis le fondateur

Publié le par Patrick Chabannes

Godefroy Kurth – Clovis le fondateur

Comment Clovis (466-511), fils de Mérovée, Roi des Francs Saliens, en trente années de batailles, de déplacement, de victoires et parfois de défaites sut-il construire un espace, une nation, un futur là où d’autres parfois plus forts ont échoués ? C’est le thème de la toute première biographie consacrée à Clovis écrite en 1893, sur un ton très enlevé, par Godefroy Kurth (1847-1916), pionnier de l’école historique de Belgique. Rare dans la production historique, Godefroy Kurth écrit avec chaleur, son écriture vive n’a pas vieilli et il donne de l’épaisseur et du rythme aux âges lointains. A l’instar d’un romancier, il vit avec ses personnages, s’enthousiasme et condamne. Les sources sont critiquées, les légendes utilisées et comme dit Godefroy Kurth : “Mais on ne sait si il faut croire de tels récits, et dans l’histoire de ces temps obscurs il faut renoncer à une précision qui ne s’obtiendrait qu’au prix de l’exactitude”. Intéressant à plus d’un titre parce qu’écrit par un belge à la fin du XIXème, nous évitons la récupération à des fins de politique interne française sans éviter bien sur les belges avec l’indépendance de 1830 et un rôle surpondéré de l’Eglise catholique.

L’Empire de Rome souffre. Depuis le milieu du IIIème siècle, la pression à ses frontières se fait plus forte. Son âme, sa virtu qui fit sa force, a disparu. Démontrée par la chute de la démographie, l’envie de vivre, de créer a disparu. Appelée une mission évangélique universelle (catholica), la nécessité de Rome est mise en question par la jeune Eglise catholique. La création de la Cité de Dieu hors la Cité des hommes appelée par l’Evêque d’Hippone, Saint Augustin (354-430), ne serait-elle pas autre chose que l’appel à l’indépendance de l’Eglise vis à vis de l’Empire, de Rome, qui l’a vu grandir en son sein.

Le coup fatal est porté en 406, les lîmes du Rhin sont débordées. Passant sur le corps des Francs, des Alamans et des Légions, les peuples germaniques (Ostrogoths, Visigoths, Alains, Suèves, Vandales…) déferlent sur la Gaule. De Trêves et Cologne, Rome se replie sur Arles (prise de Rome par les Ostrogoths d’Alaric en 410). La race franque se trouve libre de ses mouvements. Le Vème siècle vit la fin de l’Empire romain d’Occident avec la mort d’Aetius (395- 454), son dernier Général, celui qui vainquit Attila (451).

En trente années Clovis et les Francs établirent leur autorité depuis la Belgique seconde jusqu’aux Pyrénées, de l’Alsace à l’Aquitaine laissant la Bretagne aux Bretons et la Provence aux Visigoths appuyés par les Ostrogoths installés en Italie et avec le Rhin comme frontière du nord après sa victoire sur les Francs Ripuaires. Et ces frontières semblent être presque celle de notre France avec au Nord le lieu des disputes des 17, 18, 19èmes siècles.

Il faut lire l’excellent ouvrage pour comprendre pourquoi les Suèves ne surent s’installer durablement en Espagne, les Ostrogoths en Italie ou les Visigoths en Provence. Homme de guerre et homme d’Etat, Clovis sut à la fois accepter comme frères tout peuple germanique et faire souche avec les Gallo-Romains au point que tous se reconnurent en peu de temps pour Francs dans ce nouveau pays. Homme politique, il sut établir et faire accepter des Lois visant à une coexistence entre paganisme, arianisme et catholicisme remplaçant l’Empire après plus d’un siècle de guerre et de massacre. Et toujours en Occident le rôle des femmes et de la première d’entre elles, Clotilde et bien sur celui de l’église catholique et de ses évêques tels entres autres Saint Rémi ou Sidoine Apollinaire.

Certes les Parisii l’accueillirent à Lutèce où il établit sa résidence rive gauche mais Clovis et les Mérovingiens puis Charlemagne et les Carolingiens furent les fils du Nord. Ils appartiennent autant à la France qu’à la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne.

Tallandier, 600 pages, 2000, 130 francs.

Lectori salutem, Patrick

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