Erik Orsenna – La grammaire est une chanson douce

Publié le par Patrick Chabannes

Erik Orsenna – La grammaire est une chanson douce

Ou quand l’Académie lutte contre les pédagogues fous de l’Education Nationale.

Plus qu’un livre, un cadeau. Avec humour, délicatesse et une simplicité que seuls autorisent le talent et l’expertise, Erik Orsenna met en scène deux jeunes enfants Jeanne et son frère Thomas pour nous ouvrir le monde des mots.

Melle Laurencin, l’institutrice passionnante, partageant avec nous la magie des mots : Vous et moi, nous aurions écrit : “Un agneau buvait”. Lafontaine a préféré “Un agneau de désaltérait”…Cinq syllabes, toujours l’effet de longueur, on a tout son temps, la nature est paisible. L’arrivée de Mme Jargonos, l’inspectrice pédagogique : “Par le ‘’on me l’a dit’’ du vers 26, l’édifice dialectique achève de s’effondrer pour que l’emporte la seule sophistique du loup.”

Vacances, naufrage, Monsieur Henri accueille nos jeunes rescapés sur l’Ile des mots. Sur cette île, les habitants soignent les mots en les utilisant car sinon la chose disparaît et avec elle une part du monde réel et imaginaire Des langues disparaissent tout les jours, notre langue elle-même s’appauvrit et notre pensée avec elle.

Et Monsieur Henri de vivre la constitution d’une phrase avec toutes ces lettres et ses mots. Vous prenez un nom qui se marie avec un adjectif, l’on dit s’accorder, qui divorce et se marie avec un autre. La boutique aux articles, les pronoms assassins qui prennent la place des noms, les verbes qui travaillent tout le temps. Il faut poser la phrase sur le papier car sinon les mots s’envolent….

" Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu'elle nous parlait :
- Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pieds.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. "Une aventure à mettre en toutes les mains. Une vraie poésie de 135 pages ! Trop courte ! Beaucoup
trop courte.

Stock, 2001, 136 pages

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans dictionnaire

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