Sebastian Haffner – Histoire d’un Allemand

Publié le par Patrick Chabannes

Sebastian Haffner – Histoire d’un Allemand

Sebastian Haffner (1907-1999), jeune magistrat à Berlin, exilé volontaire en Angleterre en 1938, reçu alors commande de son histoire. La guerre éclata et le manuscrit ne fut jamais publié. Revenu en Allemagne en 1954, Haffner vécu comme journaliste sans chercher à faire éditer cette histoire personnelle et douloureuse. C’est seulement après sa mort en 2000 que, suite à la découverte du manuscrit, est éditée Histoire d’un Allemand. Nous le lisons ici dans sa version augmentée des fragments découverts en 2002. L’Histoire d’un Allemand - Souvenirs 1914-1933, Geschichte eines Deutschen, a été traduit par Brigitte Hébert pour Actes Sud dès sa parution en Allemagne au début des années 2000.

Cette œuvre par la simplicité de son style, la précision des scènes évoquées, leur interprétation si perspicace et un immense talent de narrateur a connu un grand succès outre-Rhin. En lisant Sebastian Haffner, on assiste littéralement à l’arrivée du désastre, étape par étape, dans la période cruciale de l’entre-deux guerres. Et l’on s’aperçoit alors que rien, jamais, n’est une fatalité.

Ce livre fait partie de la sélection d’Alain Finkielkraut dans son ouvrage un Cœur intelligent et le moins que l’on puisse dire et qu’il ne se trompe pas.

Certes Nietzsche avec ses yeux malades a pu exprimer à un moment de sa vie que le plus grand service rendu à lui-même a été d’avoir été libéré du livre, osons s’inscrire en faux. Il est des livres qui sont le patrimoine de l’humanité. L’Histoire d’un Allemand en est un.

Ecrire sur ce livre serait à coup sûr lui ôter de sa finesse. Sachez seulement que cette histoire, cette vraie vie, simplement depuis l’éclatement du conflit de 1914-1918 et des évènements intérieurs jusqu’en 33 est, non la biographie de l’homme d’état, mais celle beaucoup plus rare du citoyen ordinaire. En effet les dates de la grande Histoire scientifique n’indiquent pas ce que put l’impact sur la population à ce moment là. Pour tel évènement la vie dans la rue, les théâtres et les restaurants ne change pas d’un pouce, pour tel autre, la vie quotidienne est bouleversée.

Laissons la parole à Sebastien Haffner

“Et pourtant je crois – et je demande qu’on n’y voie aucune outrecuidance – qu’avec l’histoire fortuite et privée de ma personne fortuite et privée je raconte une partie importante et inconnue de l’histoire allemande et européenne. Importante – et plus essentielle pour l’avenir que de révéler qui était l’incendiaire du Reichstag ou de rapporter les paroles échangées entre Hitler et Röhm.

Qu’est ce que l’histoire. Où se joue-t-elle ?

Quand on lit une de ces relations historiques classiques dont on oublie trop souvent qu’elles contiennent le contour des choses et non les choses elles-mêmes, on est tenté de croire que l’histoire se joue entre quelques douzaines de personnes, qui « gouvernent les destins des peuples » et dont les décisions et les actes produisent ce qu’on appelle par la suite ‘’l’histoire’’.[…] Un fait indubitable, même si il semble paradoxal, c’est que les évènements et les décisions historiques qui comptent vraiment se jouent entre nous, entre les anonymes, dans le cœur de chaque individu placé là par le hasard, et qu’en regard de toutes ces décisions simultanées, qui échappent même souvent à ceux qui les prennent, les dictateurs, les ministres et les généraux les plus puissants sont totalement désarmés”.

Pour le citoyen français, croyez-moi, vous en apprendrez plus en quelques heures sur nos voisins qu’à la lecture des livres d’histoire de nos cours du secondaire.

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans histoire, conscience

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