Giles Milton – Le Paradis perdu ou 1922, la destruction de Smyrne la tolérante

Publié le par Patrick Chabannes

Giles Milton – Le Paradis perdu ou 1922, la destruction de Smyrne la tolérante

Ex Oriente Lux (La lumière vient de l’orient), devise de l’Université ionienne de Smyrne, qui devait ouvrir ses portes à tous quelles que soient son origine ou à sa religion en Septembre 1922.

Livre formidable par le talent de conteur, l’équilibre, les preuves à l’appui des affirmations, l’intégration dans notre histoire française, européenne et notre Mare Nostrum.

Le clin d’œil du titre : Le Paradis perdu écrit en 1665 par John MILTON (1608-1674) est un poème épique en douze chants sur la chute du premier homme.

Huit jours après ma sortie de ce magnifique livre de Giles Milton, je reste émotionnellement marqué et déstabilisé. La capacité de recul sur les évènements de Giles Miton, la densité des témoignages, le style vivant et équilibré, tout est fait pour rendre cet ouvrage inoubliable. Tout à la fois roman historique, livre historique par son intégration à la grande Histoire et le jeu des grandes puissances, livre mémoriel, la compréhension du passé pour anticiper le futur de Mare Nostrum, chacun trouvera son content rappelant le propos du regretté Michel Déon in Lettres de châteauChaque lecteur a sa propre lecture, intrinsèquement semblable à son égo.”

Un travail de recherche et d’assimilation amenant Giles Milton à retrouver des lettres et journaux intimes des grandes familles levantines jamais auparavant publiés ou utilisés, des interview avec des nonagénaires témoins oculaires de 1922, des échanges avec Hervé Georgelin et sa Fin de Smyrne de loin la meilleure étude sur cette ville avant 1922, et la liste est encore longue rend l’ouvrage vivant pout tout lecteur. Une bibliographie de vingt pages soutenant chacune des trois parties, un crédit photos et treize pages d’index font de cet ouvrage une œuvre pour historien ou toute autre personne désireuse d’approfondir le thème.

Smyrne avec son climat de Californie du sud, son architecture de la Côte d’Azur et son charme inégalable. Georges Horton, Consul américain écrivait “Dans nulle autre ville au monde, l’Orient et l’Occident ne se mêlaient physiquement de manière spectaculaire“. Quartier juifs, arméniens, chrétiens, turcs, levantins, Smyrne, soutenu par le Sultan est avec son port et ses hommes d’affaires, la ville d’affaires la plus riche de l’Empire Ottoman. Milton prend le temps de nous faire découvrir Smyrne et son caractère si particulier, gouvernée de manière très autonome par le talentueux Rhami Bey. Le quartier de Bournabat avec les Levantins, ses hommes et femmes d’affaires, ses grandes familles que d’aucuns pensent de religions juives par inculture. Le quartier de Paradis avec les américains.

Et pourtant dès 1890, en Anatolie, Childs avait constaté combien les communautés grecques par les écoles subventionnées par la Grèce modifiait l’équilibre en favorisant l’émergence d’une nouvelle classe de Grecs se lançant dans le commerce au sein de l’Empire Ottoman. De l’épicerie au commerce à l’usure et au rachat de terre et à l’orthodoxie créait la Grande Idée d’un nouvel Empire Hellénique après la chute de 1453. Contre l’empereur Constantin et nombre de ses contemporains, Venizelos a su imposer et amener à sa cause Lloyd Georges sa Megali Idea, Grande Idée, l’ambition de former la Grande Grèce. Megali Idea et Mégalomanie…Dangereuse idée.

Dès avant 1914, les Bachi-bouzouks, irréguliers turcs ou tchétchés commençaient à semer la terreur au nord de Smyrne. L’alliance Germano-Ottomane, Enver Pacha et Liman von Sanders, vit une terreur s’abattre sur la population arménienne déjà éprouvée entre 1894 et 1896 avec 200 000 morts.

La guerre de 1914-1918, la Grande Guerre européenne vue par l’Orient. Une découverte pour les enfants de l’école de la République Française.

Vous découvrirez l’alliance ottomane avec l’empire allemand, le jeu des puissances françaises, britanniques, italiennes et américaines, les déportations et anéantissement programmés de la population arménienne, la déportation de 200 000 Grecs, les chutes concomitantes du Tsar, de l’Empereur Constantin et du Sultan Mehmet VI , la fin de la guerre en 18 avec la reconquête de Constantinople par les troupes victorieuses, les atermoiements et l’ignorance des européens amenant la création des nationalismes turc et grec et son corollaire la guerre Gréco-turc (la France fournissant les armes à la Turquie et l’Allemagne ses cadres et ses méthodes) et ses conséquences : déportation de population la turquification et la destruction par le feu de la belle Smyrne par Mustapha Kemal dit Atatürk, volontairement, sous le regard de flottes européennes à quelques centaines de mètre de là interdites d’agir par leur commandement respectifs pour des motifs assez éloignés de l’honneur. En 1905, lors de sa première visite Kemal déclara :“J’ai vu ses quais magnifiques encombrés par un peuple qui était notre ennemi juré et j’en conclu qu’Izmir (Smyrne) avait échappé aux mains de ses vraies et nobles habitants turcs.”

Sur le nettoyage ethnique de deux millions de chrétiens et massacre de la population Arméniens.

Base documentaire sur le génocide arménien ou Petite encyclopédie sur le génocide arménien

Avant partir faire du tourisme à Izmir, prenez connaissance de l’histoire la perle de l’Orient d’avant 1922. Prenez connaissance des conditions de l’épuration ethnique, des massacres et de l’incendie volontaire de la ville par Mustapha Kemal dit Atatürk.

Lu dans la cadre de l’Opération Masse Critique de BABELIO -Connectons nos Bibiolthèques, 385 pages, Editions noir sur blanc, 25€uros

Lectori salutem, Patrick

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