Vladimir Fédorovski – Le roman de Tolstoï

Publié le par Patrick Chabannes

Vladimir Fédorovski – Le roman de Tolstoï

La vie de cet aristocrate russe mérite un livre de vulgarisateur tel que Fédorovski qui m’avait enchanté avec ses Roman du Kremlin et Roman de St Petersbourg. Ce Roman de Tolstoï aurait pu être une biographie, mais il est le lien entre la vie et l’œuvre du Maître, une passerelle pour les Français allant à la rencontre de l’âme russe, la double face de Léon Tolstoï :grand romancier et doctrinaire. Aujourd’hui le grand romancier l’a emporté mais ce ne fut pas une distinction aussi aisée.

Une biographie, Léon Tolstoï (1828-1910) se la réservait en écrivant dans ses Notices autobiographiques en 1903 à son biographe Paul Birioukov. “J’ai constaté que toute ma longue vie se divise en quatre périodes : la première, merveilleuse, surtout si on la compare à celle qui devait lui succéder, innocente joyeuse et poétique période de mon enfance, allant jusqu’à quatorze ans (1828-1842). Puis l’horrible deuxième période, s’étendant sur vingt années, de la dépravation la plus grossière, de l’asservissement à l’ambition, à la vanité et, surtout à la concupiscence (1842-1862) ; ensuite, la troisième période, allant de mon mariage à ce que j’appelle ma naissance spirituelle, période qui, du point du vue du monde, peut-être appelée morale. Pendant ces dix-huit ans, j’ai, en effet, vécu une vie régulière, honnête, familiale, exempte de tous les vices qui encourent la réprobation publique. Mais, je durant tout ce temps, je ne me préoccupais égoïstement que de ma famille, de l’accroissement de ma fortune, de mes succès littéraires et divers autres plaisirs et distractions (1872-1880). Enfin la quatrième période dans laquelle je vis maintenant, dans laquelle j’espère mourir et du sein de laquelle je vois toute la signification de ma vie passée…Je voudrais pouvoir raconter l’histoire de ma vie durant ces quatre périodes successives, si Dieu m’en donne les forces et le temps. Je pense qu’une telle biographie, écrite par moi, serait plus utile aux hommes que tout ce bavardage artistique qui remplit les douze volumes de mes œuvres et auxquels les hommes de notre temps attribuent une signification imméritée.”

De Iasnaïa Poliana à Moscou, de Moscou à Kazan, la Volga, Astrakhan, le Caucase, Ivan le Terrible, bataille contre les Tchétchènes de Chamyl, Bucarest sur le front de Silistrie, Sébastopol, St Petersbourg, Fédorovski nous emmène dans l’espace, l’histoire et l’âme russes collés aux bottes et à la plume de Léon Tolstoï.

Datant de 1847, nous est parvenue la liste des livres qui marquèrent le jeune homme de 20 ans. Ils sont indiqués avec l’impression soit immense : “Le sermon sur la montagne de l’Evangile, David Copperfield de Dickens , Les Confessions, L’Emile et la Nouvelle Héloïse de Rousseau ,soit très grande : Sentimental Journey de Sterne, Eugene Onéguine de Pouchkine, Brigands de Schiller, Les âmes mortes de Gogol, Mémoires d’un chasseur de Tourgueniev et le héros de notre temps de Lermontov”, qu’il laissèrent en héritage. Voilà un chemin de traverse.

Les années 50 & 60. La Russie, l’Europe, poètes et littérateurs sont mis en avant. “Beaucoup d’entre eux se destinaient au journalisme et à la littérature ; ainsi naquit au XIXème siècle la littérature des raznotchintsy dont l’éclat relatif donnera naissance aux écrivains des années 60. L’intelligentsia russe est née de ce milieu. Comme plus tard au XXème siècle, sous un régime où les libertés publiques n’existaient point, les voix de l’opinion empruntant les voies détournées de l’allusion, de la fiction romanesque parvinrent à se faire entendre.”

Victor Hugo ne disait-il pas dans son journal l’Evènement du 8 août 1850 : “Depuis vingt ans, il ne semble pas qu’il puisse y avoir de grande opposition sans un grand poète. Celle de 1830 avait Chateaubriand, celle de 1848 avait Lamartine, celle de la grande date prochaine aura Victor Hugo.

A propos du livre lui-même, n’attendez pas le meilleur livre de Fédorovski ou le meilleur livre sur Tolstoï. J’ai l’outrecuidance de penser que Vladimir Fédorovski a expédié ce livre trop vite. Ce manque de travail se ressent assez vite même si la documentation rassemblée pour ces autres ouvrages, ses connaissances de l’œuvre de Tolstoï et de l’histoire de la Russie est amplement suffisante pour commettre un Roman de … très agréable à lire.

Une fois reposé l’ouvrage, un goût de manque ou d’inachevé reste à l’esprit.

Lectori salutem, Patrick

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