ELODIE BERNARD – LE VOL DU PAON MENE A LHASSA

Publié le par Patrick Chabannes

ELODIE BERNARD – LE VOL DU PAON MENE A LHASSA

“Il n’est pas nécessaire de parler la langue nationale pour pouvoir communiquer. L’instinct, une attention marquée à la gestuelle des habitants suffisent pour entrouvrir un espace de compréhension.”

Élodie Bernard, nourrie des lectures des aventures d’Alexandra David-Néel (1868 – 1969) et de sa forteresse de méditation, Samten Dzong, habituée à des pérégrinations de par le monde avec un sac à dos, voyageuse, observatrice, s’invite à Lhassa au moment des Jeux Olympiques de 2008.

Livre de voyage, observatrice neutre évitant les jugements de valeur. La voyageuse offre le recul suffisant pou ne permettre de comprendre que nous ne connaissons rien de l’histoire de cet immense territoire, cinq fois la France, où les peuples les plus divers s’y sont croisés, disputés, combattus : Huis, Ouïgours, Mongols, tibétains, Hans, Sharwa, Moinbas, Lhoba. (Clic sur les cartes à disposition). Le rôle des monastères, des politiques, de l’avènement finalement récent du Dalaï Lama souvent présenté comme le paradigme tibétain.

Une géographie particulière “Dans les déserts tibétains comme dans tous les déserts du monde, on pourrait rêver de courir librement à travers les espaces. Mais dans quelle direction aller ? Impuissant face à l’illimité de l’horizon, l’esprit se calme. On de désire plus atteindre un point prochain, on apprécie le moment présent.”

“Les premiers mètres d’ascension me paraissent d’une grande facilité mais cette évidence est trompeuse. A plus de 4 000 mètres, l’air est un luxe qu’il convient d’acquérir et d’épargner. A chaque virage le sentier se défait sous les pas et s’étire.” “Situé à 5 180 mètres de hauteur, le passage du col de Tannggula nécessite une dizaine d’heures de montée. (en bus ndlr)”

Une étonnante compétence de l’auteur : le cœur de son voyage et la leçon cachée de l’ouvrage.

“Il n’est pas nécessaire de parler la langue nationale pour pouvoir communiquer. L’instinct, une attention marquée à la gestuelle des habitants suffisent pour entrouvrir un espace de compréhension.” Cette capacité d’observation, ce mimétisme, cet abandon du moi pour être un parmi les autres, permet à Élodie cette clairvoyance, et même “les risques encourus, fussent-il minimes, favorisent la clairvoyance de l’observateur.”

Ce passage témoigne de ce talent dans un restaurant.Entre un jeune homme dans le restaurant. Je souhaite vérifier la crédibilité de mon identité usurpée. Je ne bouge pas. Me voyant postée au milieu de la salle, il commence à me parler, me prenant surement pour l’hôtelière. Avec un haussement d’épaules évasif, la tête rentrée, je fais mine de ne pas le servir. Il lève le ton, s’énerve. Lorsque les tenanciers arrivent, il se retourne vers moi et je ne peux que m’esclaffer devant le succès de mon imposture. Avec un vaste sourire, le jeune Chinois m’invite à sa table.”

Lire le livre d’Élodie et penser à l’Occident et à ses murs de livres dédiés aux problèmes de communication entre compatriotes et leurs MSN, Skype, Twitter, Fessedebouc, courriel et téléphones mobiles.

Retrouver un peu d’attention interpersonnelle, retrouver cet instinct de communication et diminuer les anxiolytique et antidépresseurs.

Site de la communauté tibétaine en France

Le vol du paon vers l’Ouest : Appellation poétique du très controversé Li Dezhu, illustrant la campagne de migration des populations Hans de l’Est vers l’Ouest, de la Chine vers le Tibet.

Gallimard, Septembre 2010, 18€, 200 pages

Kalé pé, Pikkendorff

Publié dans voyage

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