PHILIPPE CLAUDEL – L’ENQUETE

Publié le par Patrick Chabannes

PHILIPPE CLAUDEL – L’ENQUETE

“Les honneurs déshonorent ; le titre dégrade ; la fonction abrutit.*”

Excellent roman servi par une plume légère, précise, fine. Promenade aux confins de l’absurde et du monde réel. L’Enquêteur vient mener une investigation au sein de l’Entreprise sur une vague de suicides. Mais le Policier, la Gérante, le Psychologue et tant d’autres lui barrent l’accès au Fondateur. Mais le Fondateur de l’Entreprise se doit d’exister. Mènera-t-il sa mission à bien ?

Personnages désignés par leur fonction, déshumanisés démontrant l’utilitarisme de notre société où tout doit avoir une Fonction, où tout est devenu Fonction. Même la Littérature ou l’Art.

Roman métaphysique, miroir de nos vies de rouages anonymes d’une organisation sans réalité. Oublieux de ce qu’est la vie, nos mois s’agitent pour une carte de visite, un titre, une Fonction.

J’ai une fonction, j’existe.

Extraits

“Des hôtels, il y en avait à coup sûr en périphérie de la Ville, dans ses marges bruyantes où les échangeurs d’autoroutes remplissent leur fonction et purgent les voies rapides d’un flot de voitures trop important, opérant des saignées vitales, séparant les destins et les vies.”

“L’Entreprise est un colosse aux pieds d’argile. Notre monde est un colosse aux pieds d’argile. Le problème est que peu d’êtres tels que vous, je veux dire les petits, les faibles, les exploités, les serfs contemporains, s’en rendent compte. Il n’y a plus de roi depuis bien longtemps. Les monarques d’aujourd’hui n’ont plus ni tête ni visage. Ce sont des mécanismes financiers complexes, des algorithmes, des projections, des spéculations sur les risques et les pertes, des équations au cinquième degré. Leurs trônes sont immatériels, ce sont des écrans, des fibres optiques, des circuits imprimés, et leurs sangs bleus, les informations cryptées qui y circulent à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Leurs châteaux sont devenus des banques de données. Si vous brisez un ordinateur de l’Entreprise, un parmi des milliers, vous coupez un doigt au monarque. Vous avez compris ?”

Merci Michel pour cette idée de lecture et pour le prêt de l'ouvrage.

* in Gustave Flaubert, extrait d’une Lettre à Guy de Maupassant, 15 Janvier 1879

Stock, 19€, Septembre 2010, 277 pages

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans romans

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