MARIE COSIMO – TROIS PAS DE DEUX

Publié le par Patrick Chabannes

MARIE COSIMO – TROIS PAS DE DEUX

“Une subtilité infinie qui rend la banalité émouvante.”

Une langue volontairement dure, agressive, heurtée pour exprimer l’ineffable. Un chant lancinant à l’Amour et la Souffrance d’être de ne pas être pour soi ou pour les autres exprime “une subtilité infinie qui rend la banalité émouvante”.

Alma la danseuse, déracinée dans son corps et son âme, Serge le pianiste des petites gens, Carmen l’Espagnole, Alice et Auguste les médecins sans frontières, Samuel le pédiatre, Elie le photographe qui voit avec les yeux de l’amour…. Cette galerie de personnages aux attitudes caricaturales, dans un temps présent marqué du passé et du futur, sont ici sous forme de paradoxe comme un “besoin de dénaturer l’humain pour le faire jaillir d’une image avec plus de force”.

La beauté du texte comme la beauté de la danse se trouve dans l’image du jeu d’ombre et de lumière né des vies qu’anime un air dissonant.

La beauté de cette danse n’est pas là où il aurait cru la trouver. Alma est vêtue de noir des pieds à la tête. Elle porte une sorte de robe très fluide, presque informe. Ce n’est pas elle qui est belle. C’est l’image de cette danse, à laquelle la danseuse est entièrement dévouée. Du cinéma. Ni la grâce d’un rond de jambe, ni l’orgueil d’un port de tête, mais l’impact d’une image en noir et blanc, d’un jeu d’ombre et de lumière, née d’un corps qu’anime un air dissonant.”

Recherche d’un Autre ou de Soi, roman de la différence de perception du monde, de la vie, …Chaque personnage est son monde : la danseuse à moitié indienne, le photographe, le pianiste, les médecins du monde, le pédiatre…

“Elle pouvait rester de longues minutes face à un tableau. Elle n’entendait rien. Elle ne sentait rien. Il fallait qu’elle voit. A l’extérieur, c’était le contraire. Elle s’arrêtait souvent et fermait les yeux. Alma voit mieux les yeux fermés. Il faisait de même et c’était le vide. Elle expliquait ce qu’elle entendait. Ou ce qu’elle sentait. Des couleurs. Des lignes. Des mouvements.”

Patience et écoute. Pénétrer le texte, entrer dans cette ode et fermer les yeux. Comme nous, les acteurs de ce psychodrame sont trompés par leur sens et ne voient que l’idée du réel et meurt de n’avoir pas compris qu’ils ne voyaient pas le réel.

“Elle a parcouru la distance qui sépare la maison de l’hôpital avec des yeux tout neufs. Elle a tout vu, et s’est rendu compte qu’elle voyait si peu d’habitude. En ¾ d’heure, le ciel a eu cinquante nuances différentes. Les maisons tout identiques sont devenues uniques. Chaque enfant croisé sur le trottoir a un visage inoubliable.”

Et si la fuite de Soi était une solution ? Volontaire ou non, elle est présente dans les vies de chacun.

“Je dois prendre une décision. Enfin. Une décision violente et sans appel. Une décision comme la première pierre de ma vie d’adulte. Cesser d’entrainer ceux que j’aime dans ma faiblesse et ma passivité. Partir.”

Ne fuyez pas. Entrez dans cette écriture exigeante. Venez à votre rencontre.

Photo : Lac Pichola près d’Udaipur où Alma s’est réfugiée.

Mon petit éditeur, Décembre 2010, deuxième édition, 251 pages.

Le mot de l’éditeur

Pas de deux: entrée de ballet dansée par deux personnes... Alma et Samuel, Alma et Elie, Alma et Noé. Une danse en trois mouvements, comme un voyage initiatique, une quête des origines, au rythme des passions de la danseuse et de ses partenaires.

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans arts, Littérature

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