STEFAN SWEIG – CONSCIENCE CONTRE VIOLENCE OU CASTELLION CONTRE CALVIN

Publié le par Patrick Chabannes

STEFAN SWEIG – CONSCIENCE CONTRE VIOLENCE OU CASTELLION CONTRE CALVIN

“La postérité ne pourra pas comprendre que nous ayons dû retomber dans de pareilles ténèbres après avoir connu la lumière.” Sébastien Castellion in De arte dubitandi (l’art de douter), 1562

Evocation du conflit qui opposa Sébastien Castellion (1515-1563) à Jean Calvin (1509-1564), dans ce texte écrit en 1936, deux années après sa fuite d’Autriche, l'écrivain pose la question de l'humain et du politique, de la personnalité et de la communauté, de la liberté et de la tolérance.

“Toujours aux époques de fanatismes l’homme resté humain est complètement seul et impuissant au milieu des zélotes en lutte les uns contre les autres.”

Un magnifique texte à l’actualité éternelle, ode au combat permanent de la liberté de conscience face aux doctrinaire, accompagné d’une dizaine d’illustrations bienvenues, une préface sensible et accrocheuse d’Hervé le Tellier suivie d’une intéressante postface biographique de Silvain Rainer réinstallant l’ouvrage dans le XXème siècle et rappelant ces quelques lignes pleines d’intuition de Freud à propos de l’écrivain : “Vous êtes l’observateur qui écoute qui lutte de manière bienveillante et avec tendresse, afin d’avancer dans la compréhension de l’inquiétante immensité…”, et conserve la traduction est celle d’Alzir Hella , le traducteur et ami de Sweig

Il y sera expliqué comment un peuple peut choisir de se mettre sous tutelle pour n’avoir pas à penser le monde et leur vie ; comment les contemporains d’une époque donnée sont toujours ceux qui la connaissent le moins et qu’en leurs chroniques les évènements considérés à posteriori comme majeurs ne sont pas traités avec la considération qu’il faudrait ; comme Genève devint la nouvelle Jérusalem, la Rome protestante, après vingt-cinq années de dictature théocratique conserve un parfum de puritanisme à peine modernisé ; comment parler dans ces temps de dictature grâce à “une pensée enveloppée de nuages et déguisée parce que la grande porte est gardée par les sbires du pouvoir” ;

Une pensée de haute tenue pour affronter un futur où les doctrinaires, tenants de leur Vérité, tiendront le haut du pavé médiatique. Et il conviendra de se méfier de ceux dont “la vie n’est pas pleinement humaine, celui qui ne se pardonne rien, se montrera toujours intransigeant à l’égard des autres”. Et que ceux qui veulent conserver leur liberté de douter n’oublient jamais que “ce qui importe aux hommes de parti, ce n’est jamais la justice, mais toujours la victoire”.

L’on notera qu’en s’opposant à Calvin, Sébastien Castellion vivra miséreux. Stefan Sweig mentionne les sacrifices de sa famille mais derrière un homme tel que Castillon, il se doit d’y avoir une maitresse femme et j’eus aimé qu’elle fût connue.

Et de la religion, toujours et encore Castellion de nous interpeller en ces mots immortels : “Je ne m’adresse pas à vous comme un prophète envoyé de Dieu, mais comme un homme de la masse, qui a en horreur les disputes et souhaite seulement que la religion se manifeste non par les querelles, mais par l’amour, non par des pratiques extérieures, mais par le cœur”.

De Calvin comme des doctrinaires de tous poils :

“Cette fermeté inébranlable, cette rigidité de fer, vraiment inhumaine, est le secret de sa victoire. Car c’est cette incroyable absolue en soi, cette conviction de l’importance de sa mission, qui fait d’un homme un chef. Ce n’est jamais aux justes que les hommes, sur qui la suggestion a une si grande force, se soumettent, mais aux grands *monomanes, qui n’ont pas peur de proclamer leur vérité, comme la seule possible, leur volonté comme la formule fondamentale du monde”

Conscience contre violence” de Stefan Zweig (1881–1942), traduction Alzir Hella (1881-1953), livre de poche n°31947, 250 pages, titre original Ein gewissen gegn die gewalt, Castellio gegen Calvin, 6,50€, Octobre 2010, première parution 1976.

Lectori salutem, Patrick

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