EMMANUEL CARRERE – LIMONOV

Publié le par Patrick Chabannes

EMMANUEL CARRERE – LIMONOV

"Est-ce qu’il ne vaut pas mieux vivre vivant que vivre mort ?"

"Je commence ce livre pour l’apprendre." Parti comme un explorateur, Emmanuel Carrère et le lecteur sont absorbés par le sujet, notre Histoire, et nos mains insensiblement se referment sur l’ouvrage que le cœur ne peut refermer.

Œuvre d’historien, de journaliste et d’homme, il aura fallu à Emmanuel Carrère plus que son talent pour venir à bout d’une telle rencontre devenue en chemin une aventure personnelle avec au bout un livre offert en cadeau aux générations d’hier et d’aujourd’hui. Cadeau inclassable comme son auteur et son sujet.

"Limonov, lui, a été voyou en Ukraine ; idole de l’undergound soviétique ; clochard, puis valet de chambre à Manhattan ; écrivain à la mode à Paris ; soldat perdu dans les Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeune desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud ; je suspends sur ce point mon jugement."

De sa rencontre avec cette légende vivante sortie de Lefortovo sans avoir jamais plié, Emmanuel Carrère, repoussant les préjugés de l’intelligentsia française, parcourt avec sensibilité notre histoire à tous depuis la fin de la seconde guerre mondiale : L’Empire communiste, les bandits et les poètes, les samizdat qui ont vu passer tout ce qui était vivant de Boulgakov à Platonov ; 1962 et la parution d’une journée ordinaire d’un détenu ordinaire dans un camp ordinaire, Krouchtchev a fait naître à la lumière cet ancien zek, Soljenitsyne ; Août 1968, le Printemps de Prague et les huit manifestants sur la Place rouge, Gorby et la Glastnost ; l’effondrement et l’éclatement de l’Empire avec les Yougoslavie, Roumanie, Serbie ; Et puis Poutine…

"Celui qui veut restaurer le communisme n’a pas de tête. Celui qui ne le regrette pas n’a pas de cœur." Vladimir Poutine.

Bravo au Jury du Renaudot 2011.

Merci à P.O.L d’avoir édité un tel pari et retrouvez les critiques de Bernard Pivot, de Yasmina Reza, Jérôme Garcin, Christophe One-dit-Biot, JC Buisson, Eleonore Sulser et Sandrine Audrerie en cliquant ici.

Retrouver la chronique du livre d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, en cliquant ici.

P.O.L Editeur, 2011, 490 pages, 20€

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans Littérature, histoire

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