LA TRILOGIE BERLINOISE – PHILIP KERR

Publié le par Patrick Chabannes

LA TRILOGIE BERLINOISE – PHILIP KERR

"Bernie, nous avons en ce moment deux affaires très délicates sur les bras, et tu veux fourrer ton nez dans les deux. Je vais finir par me faire du souci pour toi."

Avec une prise de recul réussie et, au combien, difficile, Philippe Kerr, par le truchement de son détective privé, Bernhard Gunther, Bernie, ex-Kripo (KriminalPolizei), nous entraîne au beau milieu de trois enquêtes à trois moments au sein de trois époques de l’Allemagne. Ce procédé n’est bien sûr pas nouveau ; Philippe Kerr évite le piège de l’anachronisme tant il est trop souvent si simple et réducteur de se servir des grilles de lectures contemporaines ; il développe un regard intéressant centré sur l’Allemagne et d’excellentes enquêtes dignes des meilleurs polars.

Berlin, 1936, les jeux Olympiques et les violettes de Mars (titre original : March Violets), nouveaux adhérents du parti nazi volant au secours de la victoire de 33 donnent le ton. Au milieu la montée vers la guerre, Bernie enquête sur le meurtre de plusieurs jeunes femmes. Le voilà au milieu des luttes intestines entre hiérarques du Parti national socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Philippe Kerr reste centré sur le polar servant ainsi habilement l’Histoire. Herr Gunther se joue, sans éviter totalement les bosses, des jeux de puissance sous la menace permanente du KZ (Konzentrationslager) ou plus simplement de l’accident bête (enfin bêtement mortel).

Berlin, 1938. Obligé de réintégrer la Kripo, Herr Gunther est aux prises avec les plus féroces requins qui rodent aux abords : Goering, Heydrich, Himmler ou Streicher. Il lui faudra toute son habileté et une chance de cocu pour rester en vie.

Berlin puis Vienne en 1947. Herr Gunther, le prussien, le pifke, se rend à Vienne où se joue la fin de la partie. Les personnages des 2 premiers tomes se retrouvent lors de la dénazification menée par le Crowcass lorsque tour à tour un ancien dignitaire était coopté dans les services secrets ou pendu haut et court. La Guerre Froide a commencé avant que les comptes ne soient réglés. Et voilà notre Herr Gunther enquêtant à la demande d’un officier supérieur russe sur l’assassinat d’un officier américain par un allemand à Vienne en Autriche. Le contexte est posé. Philippe Kerr nous étonnera de nouveau par son talent de raconteur d’histoire et l’équilibre de son jugement des hommes.

En bon Britannique, Philippe Kerr ne manquera pas de rappeler que la France pour faire partie du cortège des vainqueurs n’en avait pas moins perdu la Guerre que nous avions contribué à créer entre autres.

L’auteur, Philippe Kerr, a composé sa Trilogie Berlinoise (Berlin noir) de : L’été de cristal (March violets), La pâle figure (The pale criminel) et Un requiem allemand (A German requiem). Cette trilogie est parue en 1989, 90 et 91 sous le titre original Berlin noir chez Penguin Books a été publié par Le Masque avec une traduction de Gilles Berton en 2008 et révisée en 2009.

Edition du masque, 24€, 2008, 836 pages

Lire l'excellente chronique de Mazel : cliquez ici

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans Thriller

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