MICHEL BUSSI – NE LÂCHE PAS MA MAIN

Publié le par Patrick Chabannes

MICHEL BUSSI – NE LÂCHE PAS MA MAIN

“Je veux bien que sa femme puisse échapper à la vigilance d’un employé de l’hôtel, mais pas à tous. Et comme elle n’a pas pu sortir de l’appartement sur le dos de Sitarane…”

Touristes bronzés profitant du ciel clément de l’Ile de Bourbon et du confort de l’Hotel Alamanda, Martial et Liane se prélassent surveillant d’un œil leur fille Sofa. Quelques mots échangés avec les Jourdain, un couple de vacanciers de la métropole. Liane lance à la cantonade un « je monte dans ma chambre » et “la fugitive vision sexy d’un dos nu, d’un sein blanc, d’une moitié de téton”, caché à temps par la grande serviette de bain sera la dernière.

Chambre dévastée, vêtements féminins disparus, traces de lutte, tâches de sang…disparition ou crime sans cadavre ?

Pourtant Armand Zuttor, le directeur de l’établissement et ses employés, Eve-Marie, Gabin, Naivo….l’ont tous vu entrer dans sa chambre et ne pas en sortir. Porte fermée, témoins à gogo, seul Martial aurait pu, seul coupable que tout désigne sauf le cadavre absent.

Rude tâche pour le Capitaine Aja Parvi, chef de la gendarmerie, une zarabe métissée créole. Assistée de Christos, aux efforts toujours très mesurés, cette jeune femme déterminée est si attachante que l’on se prend à vouloir la retrouver ici ou en métropole comme personnage récurrent.

Un verre de cilao, une discussion et Michel Bussi distille une petite réflexion, une idée en l’air remettant en cause les certitudes et ce jeu de pistes et de fausses pistes nous mène insensiblement à ce principe des polar : fé lève lo mort comme dit le dicton créole.

Martial prend la tangente. “Il a tellement pris l’habitude de mentir. A Aloé dans une autre vie. A Liane cette semaine. Aux flics depuis trois jours. A sa fille maintenant.”

Voilà que la place Beauvau veut lâcher le GIPN sur l’affaire. Le plan Papangue (voir rapace ci-dessous) est lancé. Comment discuter avec ce “Colonel Laroche, quadra, lisse et propre avec juste ce qu’il faut d’humour dans le fond des yeux pour laisser deviner l’habile diplomate caché derrière le froid bureaucrate. Une gueule d’administrateur d’ONG, de banquier dan la microfinance, de conseiller général socialiste” ? Le voilà en chasse, vêtu de son treillis, de son gilet pare-balles et de ses rangers : L’intégrale de la panoplie de Ken-part-en-commando.

Gendarmerie d’un coté, le GIPN et ses sbires de l’autre, au milieu Martial et sa fille et toujours pas de cadavre... La course poursuite s’engage avec les paysages de la Réunion pour cadre et des décès prématurés comme signe de piste.

A propos du roman et de l’auteur

Un style volontairement décontracté et un vocabulaire commun ne doivent pas faire illusion. La langue française est simple, la syntaxe est claire, les répétitions absentes, le style léger et épuré. Derrière l’apparente facilité se cache un travail de relecture et de peaufinage non négligeable faisant de ce genre mineur de la littérature, un plaisir de lecture offert par un raconteur d’histoire.

“Joueur de pétanque et philosophe”…dira Michel Bussi de l’un de ses personnages pittoresques et à multiples facettes. A leur image, ce professeur de géographie, auteur d’ouvrages sérieux, trahit son milieu d’intellectuels pour vivre la vie au milieu des gens. Sa gentille plume croque doucement ses semblables et rend au centuple l’infime effort de lecture par un grand plaisir de voyage immobile. A conseiller pour les déplacements métro-boulot-dodo de la Réunion.

Kurta, malbar, zarabe, zoreille, au fil du récit, sans jamais lasser, Michel Bussi glisse des informations sur l’ile, la population, les mœurs, les religions, le paysage. Cet énorme travail de documentation est distillé de manière condensée en quelques mots ou quelques lignes. Plaisir de s’informer, de s’étonner sans jamais perdre le fil du récit.

“Quand il passe trop de temps avec les vagues, les mots ne sortent pas tout de suite, il lui faut un moment pour apprendre à parler de nouveau.” Le réunionnais est contemplatif dira Michel Bussi. Le breton assis sur un roc au bout de la pointe du groin regardant le flux et le reflux des heures durant ou s’asseoir dans la nuit à quelques mètres au-dessus de l’océan à la pointe des poulains à Belle Ile avec les âmes de marins perdus criant dans le vent partageront avec lui cette passion.

Crédit photo à Iledelareunion.net , Potomitan.info, Scout d’Europe de St Denis

Site officiel de Michel Bussi : www.michel-bussi.fr

Celui des Presses de la Cité : cliquez ici

Presse de la Cité, Mai 2013,274 pages, 21€

Lectori salutem, Patrick

Publié dans Polar

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