JACQUES LUSSEYRAN – ET LA LUMIÈRE FUT

Publié le par Patrick Chabannes

JACQUES LUSSEYRAN – ET LA LUMIÈRE FUT

Les voyants doivent comprendre que leur manière de connaître l’Univers n’est pas la seule.”La joie ne vient pas du dehors. Elle est en nous quoiqu’il arrive. La lumière ne vient pas du dehors. Elle est en nous, même sans les yeux.”

Deux parties, deux livres, deux histoires, deux temps, un homme, les hommes, la Lumière. Un récit banal et extravagant. Une plume simple et extraordinaire. Une force vitale, une lumière spirituelle à découvrir impérativement.

Partie 2 – Et la Lumière fut. 1932, Jacques Lusseyran perd la vue accidentellement à l’âge de huit ans. Il y gagna une vision de l’univers dans la lumière en lui et hors de lui. Ce fut son secret. Développant sa concentration, Jacques Lusseyran put voir le monde du dehors en dedans de lui. Vous trouvez cela bizarre ou incompréhensible ? Moi aussi.

Toute la première partie conte cette découverte du monde intérieur, de l’univers, de la lumière.

  • je regardais trop loin, et je regardais trop à l’extérieur. Je me suis mis à regarder de plus près. Non pas plus près des choses mais plus près de moi. A regarder de l’intérieur, vers l’intérieur au lieu de m’obstiner à suivre le mouvement de la vue physique vers le dehors. Tout était là, venu de je ne savais d’où. On ne m’avait rien dit de ce rendez-vous de l’univers chez moi ! Je vis la bonté de Dieu et que jamais rien, sur son ordre, ne nous quitte.”

La réalité nous est cachée par notre bavardage incessant à propos de nous-même.

Le silence, l’intériorité et la grâce accordent à Jacques de se mêler au monde. “La substance de l’univers s’était condensée à nouveau, s’était redessinée, et repeuplée. J’ai vu un rayonnement à partir d’un lieu dont je n’avais pas idée, qui pouvait être aussi bien hors de moi qu’en moi. Mais un rayonnement ou, pour être plus exact, un lumière, la Lumière. Je n’étais pas la lumière. Je baignais dans la lumière.”

Les sons, le toucher, la lumière. Les objets parlent et vibrent, la musique n’est que couleurs. Que dire alors de la tendance des objets à se projeter hors de leurs limites physiques” ?

Comme un sens du toucher porté plus loin, les objets d’une certaine taille viennent à Jacques. “Il fallait laisser les arbres venir jusqu’à moi. Il en fallait pas placer entre eux et moi la plus petite intention d’aller vers eux, le plus petit désir de les connaître. Il ne fallait pas être curieux, ni impatient, ni surtout fier de sa prouesse. Si je me faisais très attentif, je n’opposais plus aux paysage ma poussée personnelle, alors les arbres ou les rochers venaient se oser sur moi et y imprimer leur forme comme les doigts impriment leur forme dans la cire.”

Le monde des voix.Il existe une musique morale. Nos appétits, nos humeurs, nos vices secrets et même nos pensées le mieux retenues se traduisent en sons dans notre voix.”

Rudolph Steiner et l’anthroposophie.

Son père suivait attentivement les travaux de Steiner. Le séjour de deux semaines au Goetheanum, près de Bâle, lui fit découvrir l’allemand. Magnifique langue de musicien-architecte. Cette découverte fut suivie d’un séjour, en 1938, en Autriche auprès de Salzbourg, de Mozart, du Grossglockner. L’on comprendra alors combien les accents de la nouvelle Allemagne à la radio en 1939 le plongeaient dans une profonde peine.

Partie 2 – Mon pays, ma guerre

"Je ne crois que les histoires dont les témoins se font égorger." Pascal

En deux parties aussi, d’abord un roman d’aventure où les moins de trente ans sont rois. Dès 1941, ils se levèrent, ils furent bientôt 600 volontaires de la liberté. Leur but : S’informer, écrire, imprimer et diffuser des nouvelles propres à réveiller, à ranimer l’espoir. Ils unirent en 43 leur efforts avec le réseau Défense de la France et son journal éponyme. Ils diffusèrent par mille, puis par 5 et 10 mille, et bientôt 250 000 exemplaires avec en exergue de chacun(Gallica) cette sentence de Pascal : "Je ne crois que les histoires dont les témoins se font égorger."

Croyez donc à l’histoire qui donnera naissance à France Soir. "Aucun de mes amis n’hésitait plus. Pour dire le vrai, beaucoup d’entre eux brûlaient de mourir. La mort à vingt ans est encore possible. Tellement plus qu’après.”

Puis un roman de vie, d’amour, d’oubli de soi, de Lumière lorsqu’en 44, les principales têtes du réseau, dénoncées, passent d’abord plusieurs mois à Fresnes : "N’imaginez pas Fresnes, en cet été 1943, exactement comme une prison. C’était une église souterraine. Il y avait là 7 000 détenus, mais c’étaient presque tous des résistants. Il n’y avait pas de remords”, et échouent au Konzentrationslager Buchenwald pendant quinze mois qui prirent fin, pour Jacques, le 12 Avril 1945.

"En prison , plus que jamais, c’est au-dedans de vous qu’il faut vivre. Et s’il y a une personne dont vous ne pouvez pas vous passer, réellement pas, faites comme je faisais alors : regardez-là plusieurs fois par jour, longtemps. Mais n’essayez pas de l’imaginer là où elle est en ce moment, là où il y a de l’aire libre et partout des portes ouvertes, parce que vous n’y arriverez pas et que cela vous fera du mal. Regardez-là en vous. Coupez autour d’elle tout ce qui est espace Toute la lumière que vous contenez, mettez-là sur elle. N’ayez pas peur de l’épuiser, cette lumière : l’amour, la pensée, la vie en contiennent à ne plus savoir qu’en faire.”

Grand merci à Julien du Club des lecteurs de l’Heure des Mamans.

Remercions les éditions Le Félin et les animateurs infatigables de la collection Résistance-Liberté-Mémoire. Venus d’horizons politiques différents, unis sur l’essentiel, ces hommes et femmes, héros d’hier soutenant les héros de demain, conservant, ad aeternam, la mémoire des visages multiples de l’humanité.

Editions Le Félin, collection Résistance-Liberté-Mémoire, format poche, 12€, 282 pages

Lectori salutem, Patrick

Publié dans conscience, romans

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