MICHAEL GRUBER – L’ÉNIGME VÉLASQUEZ

Publié le par Patrick Chabannes

MICHAEL GRUBER – L’ÉNIGME VÉLASQUEZ

“Tu penses que je suis fou parce que je t’ai dit que je l’ai peint en 1650, et c’est impossible. Dis-moi qu’est-ce que le temps.”

Le roman commence doucement avec un trio d’étudiants et son épicentre Chaz Wilmot. Peintre et fils de peintre, “il était de ces fils qui, trouvant le métier de leur père à leur goût, décident d’égaler ou de surpasser ce qu’il a fait. Il était donc peintre, et c’était un peintre incomparable”. Et puis brutalement, page 23, lors d’un vernissage où se pressent les amateurs éclairés, la surprise: Devant un Velasquez admirable, une vénus nue alanguie, la main sur…Chaz s’exclame :c’est un faux. La chose est impossible en témoignent les expertises à coup d’isotopes. Tous rendront les armes entendant cette énormité : “Tu penses que je suis fou parce que je t’ai dit que je l’ai peint en 1650, et c’est impossible. Dis-moi qu’est-ce que le temps.”

Michael Gruber visite les recoins de l’âme des créateurs rêvant de richesses sans perdre leur âme ; décrit leurs fractures nécessaires et leurs fragilités, sources intarissables. Chaz les représentera.

Et derrière Chaz, Michael Gruber met en scène le marché de l’Art ou plutôt le Marché de l’art. Ce marché énorme de merdes immondes. Miguel de Cervantès dans son Don Quichotte offre la meilleure analyse des œuvres exposées et primées dans les années 80 à New-York : “ Il me fait penser à Orbaneja, un peintre d’Ubeda qui, lorsqu’on lui demandait ce qu’il se proposait de peindre, répondait : « Ce qui me viendra. » Et s’il peignait un coq, il écrivait en dessous : « Ceci est un coq. », pour être sur qu’on ne le confondrait pas avec un renard.”

A lire dans les transports en commun par petits bouts ou dans son fauteuil d’une seule traite, par des amateurs d’arts ou par des curieux de nature, Michael Gruber nous prend par la main ; nos pas nous mènent du XVIIème espagnol et italien au XXIème occidental ; notre regard découvre la naissance d’un Vélasquez ; notre indignation nous étouffe devant la forfaiture d’une industrie criminelle liant marchands, clients, experts et musés.

Vous jouirez solitaire au spectacle de la naissance de la lumière, de la création du mouvement en contrôlant le regard du spectateur, des personnages et des couleurs. Prenez un moment pour cliquer sur ce lien expliquant le chef d’œuvre ultime de Vélasquez, Les Ménines (1656)

Et refermant ce livre, révolté par des pratiques criminelles et encore illuminé par la lumière, vous ne saurez pas répondre à la question suivante :

Si le faussaire est capable du même tour de force que Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599 – 1660), est-il si criminel de le copier et de donner au monde de la beauté fusse-t-elle pour un seul regard ?

Traduction de l’américain par Charles Bonnot, titre original the forgery of Venus chez HarperCollins

Cette découverte est à mettre au crédit de Lucile Riegel, libraire émérite de l’Heure des Mamans à Versailles, rue de la paroisse.

Mention spéciale à Messieurs Jean Luc Ginestet, professeur d'éducation musicale et Nicolas Souchet, professeur d'arts plastiques du Collège du Girbet de Saverdun. Leur blog de l’histoire de l’art est un modèle

Le cherche midi éditeur, Janvier 2013, 380 pages, 20€

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans Thriller, arts

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