JEAN-FRANÇOIS PAROT – L’ANNÉE DU VOLCAN

Publié le par Patrick Chabannes

JEAN-FRANÇOIS PAROT – L’ANNÉE DU VOLCAN

“Paix l’impatient, paix le bavard ! Avant toute chose je n'accepterai pas de parler à jeun. Qu’on somme notre ami de présenter ses propositions. Et vite.”

Dans la série des enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, Jean-François Parot nous offre un petit bijou, de seulement 470 pages. Roman policier et roman historique, surement ; roman d’aventures, surtout.

L’écrivain nous transporte en 1783 par la grâce d’une magnifique langue musicale. Ronde et distinguée à la cour, directe et sans atours dans les faubourgs, le français est l’harmonie de l’ouvrage et il n’est pas étonnant qu’en le portant à l’écran, on en eût conservé ce ciment.

Nos héros ne déjeunent pas d’un morceau de pain fourré de viande et de salade comme ces anglais, joueurs de cartes, partenaires de tripot de Sir John Montagu, comte de Sandwich. Grignotez par exemple les Œufs à la tartuffe “La dénomination intrigua le commissaire. C’est, dit Marianne en riant, que le blanc dissimule le noir comme hypocrisie la fausse dévotion ! Je coupe du petit lard en tranches minces et je le cuis à petit feu avec un peu d'eau dans une casserole. Le jus donné est jeté, emportant le trop de sel et le peu de rance. J'en chemise un plat de terre commune et je l'ajoute un demi-setier de jus de vin, une bonne bouteille de rouge que j'évapore à gros bouillon. Je casse sur le tout une dizaine d’œufs bien mirés et, pour l’assaisonnement ? Sel, gros poivre et muscade rapée. Il faut cuire le tout à petit feu et passer enfin la pelle rouge par-dessus pour gratiner et durcir les jaunes qui se doivent manger mollets.” Mme Sanson Janvier 1774

Et Paris…Paris…De la rive droite à la rive gauche, de Saint Sulpice au Louvre, de la barrière d’Enfer au Chatelet, les amoureux de Paris, transportés au grand siècle, découvriront, étonnés et ravis, leurs aïeux cachés par le manteau de l’habitude.

1783, l’aide aux insurgés américains a vidé les caisses du Trésor ; l’impôt rentre difficilement ; la colère gronde alors qu’en Islande jailli le feu du Lakagigar. Couvrant la France d’une poussière mortifère, masquant le soleil, ce cataclysme déboussole une population. Plus tard, on lui trouva une nouvelle dénomination : le "volcan de la Révolution"

"Nous sommes tenu comme dans un piège par le recours obligé à l’emprunt. Nous devons restaurer la confiance intérieure, fût-ce sur des rumeurs, pour convaincre l’extérieur, et nos créanciers. Le déficit nous l’impose, l’exige même. Que le taux d’intérêt monte et nous ne pourrions y suffire."

De l’histoire je ne conterai que le début quand le commissaire Le Floch est convoqué par la Reine. Il lui sera demandé d’enquêter, sans en référer au Roi, sur un décès qui s’avérera un assassinat. Voilà le cavalier de Compiègne dans une bien inconfortable position. Il ne peut trahir la Reine et ne saurait mentir au Roi. Une enquête criminelle se passerait bien d’une telle pression des monarques dans un Versailles tout bruissant de rumeurs et fourmillant de va-y-dire.

Sur fond de libelles assassins produits par la perfide Albion, de manipulation des taux de change et du cours de l’or, de spéculation immobilière avec l’active participation des ordres réguliers, Nicolas Le Floch, armé de son intuition et accompagné de ses habituels compagnons, aura bien du mal à manœuvrer entre grande politique et basse police.

Et que dire des déplacements professionnels que chacun s’accordent à trouver fatiguant. S’enchaînent, jusques à l’épuisement, une poursuite de Paris à Nantes en seulement huit jours et une mission éclair de deux jours à Londres, soit un rapide aller-retour de 10 jours ; Saluons le TGV du XVIIIème : le réseau de relais de poste.

Soufflons un peu grâce à Nicolas et sa vieille chanson bretonne propre à calmer les chevaux. (p 42)

  • marc'h Haman'zo act dra Vrest
  • Dishual ha digabestr
  • War ar vein, war an chein,
  • Hag an hini gozh war e gein

Une opinion ?

Ma foi, si par hasard, je ne l’avais pas déjà dit. Il s’agit ici d’un extraordinaire livre digne des volumes antérieurs. Le plaisir du lecteur est à proportion du travail et du talent de l’auteur. Il fut immense, ma mémoire en tressaille encore.

Quel bien beau cadeau d’anniversaire, que ma bien aimée Florence m’a offert.

JC Lattes, Février 2013, 470 pages, 18,50€

Lectori salutem, Patrick

Publié dans histoire

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