EUGEN HERRIGEL (1885–1955) – LE ZEN DANS L’ART CHEVALERESQUE DU TIR À L’ARC

Publié le par Patrick Chabannes

EUGEN HERRIGEL (1885–1955) – LE ZEN DANS L’ART CHEVALERESQUE DU TIR À L’ARC

“Ce qui pour vous est un obstacle, c’est votre volonté tendue vers une fin. Vous pensez que ce que vous ne faîtes pas par vous-même ne se produira pas.”

Le philosophe allemand, Eugen Herrigel vient à la rencontre du Japon, le Japon s’offre à lui. Il a passé six ans avec l’un des plus éminents Maître en cet art. Ce livre dense et passionnant tente de nous faire partager cet enseignement par l’expérience vécue.

Une préface stupéfiante du Professeur Daisetz T. Susuki écrite en mai 1953, nous saute au visage. Les concepts manipulés sont si loin de nous qu’aimablement le rédacteur conclut comme suit : “Dans sa manière de s’exprimer, le lecteur occidental trouvera une façon moins étrange et plus familière d’aborder le problème de cette expérience orientale quelque peu inaccessible.” Car il faut bien l’admettre, ces six pages d’introduction au Zen appliqué au tir à l’arc s’ouvrent à ceux capables d’une “intuition qui, sans médiation d’aucune sorte, voit que zéro est l’infini et que l’infini est zéro. Et cela ne constitue pas une indication symbolique ou mathématique, mais un fait d’expérience résultant d’une perception directe. Psychologiquement parlant, le satori consiste donc en un outrepassement des limites de l’égo ; logiquement c’est voir la synthèse de l’affirmation et de la négation ; métaphysiquement, c’est savoir par intuition que le devenir est l’être et l’être le devenir.”

Parvenu à ce stade de la chronique, écoutez donc cette préface lue par Yann Collette pour France Culture : Ecouter ce passage en ligne

Vous pouvez rigoler comme des baleines mais, pas plus tard que ce matin, j’écoutais une conférence sur Le goût des mathématiques entre deux Professeurs du Collège de France, l’un d’analyse et de géométrie et l’autre de psychologie cognitive. L’intuition, les représentations mentales directes ou le travail du cerveau pendant le sommeil ont fait l’objet d’une grande partie de leur échange. Et si le praticien du Zen était capable de faire volontairement par outrepassement des limites de l’égo ce qu’un occidental fait, par intuition, pendant son sommeil ? Accès à l’article

Le Tir à l’arc, sport ou spiritualité

“Le Japonais conçoit l’art du tir à l’arc non pas comme une capacité sportive que l’on acquiert par un entrainement physique progressif, mais bien comme un pouvoir spirituel découlant d’exercices dans lesquels c’est l’esprit qui ajuste le but, de sorte qu’à bien le mirer l’archer se vise aussi lui-même et que peut-être parviendra-t-il à s’atteindre.”

Assurément cela paraîtra sibyllin, nous rassure immédiatement l’apprenti archer philosophe.

Imaginez 6 années à apprendre à s’oublier pour envoyer une flèche vers soi. La respiration tout d’abord, la méditation puis laisser quelque chose choisir de lâcher la flèche. Quelque chose ? Oui, quelque chose car le lâcher ne peut être volontaire…6 années avec un Maître. Il faut qu’elle se détache de l’archer “comme la charge de neige de la feuille de bambou, avant même qu’il y est songé.”

“Libérez-vous de vous-même, laissez derrière vous ce que vous êtes, tout ce que vous avez, de sorte que de vous il ne reste plus rien, que la tension sans aucun but.”

Le Maître ne peut enseigner qu’à celui qui cherche le chemin. “Et le Maître ne se soucie pas de savoir jusqu’à quel point ira l’élève. Dès qu’il lui a montré le vrai chemin, il convient qu’il le laisse continuer seul.”

“Ne m’interrogez pas, lui dit le Maître, entraînez-vous.”

Ce qui est valable pour l’arc ou le maniement de l’épée, l’est aussi pour chacun des autres Arts. La peinture à l’encre de chine, par exemple, révèle la maitrise précisément “par la main qui, en possession de la technique, exécute, et rend visible son rêve, juste au moment où l’esprit commence à élaborer des formes, sans qu’il y ait entre conception et réalisation l’épaisseur d’un cheveu.”

Ce livre est propre à vous faire changer de regard sur la vie. Il est délicieusement traduit (par un anonyme). La pensée allemande est, comme toujours, si belle lorsqu’elle est traduite en français.

Edition Dervy, Collection l’être et l’esprit, 130 pages bien remplies pour seulement 9€

Lectori salutem, Pikkendorff

Publié dans conscience

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