Gérald Bronner - La pensée extrême ou comment des hommes ordinaires deviennent fanatiques

Publié le par Patrick Chabannes

Gérald Bronner  - La pensée extrême ou comment des hommes ordinaires deviennent fanatiques

La pensée extrême se manifeste lorsque certains individus sacrifient ce qu’ils ont de plus précieux, en particulier leur vie, au nom d’une idée. Que ce soit dans l’art contemporain, l’activisme politique ou religieux, le sport ou collectionneur compulsif, les actes de nos contemporains peuvent nous sembler irrationnels, voir empreints de folie douce ou meurtrière.

Dans un français exempt du jargon habituel des sociologues, Gérald Bronner met en lumière les mécanismes mentaux conduisant à une pensée radicale et permettant d’affirmer “que ceux qui s’abandonnent à ce type de pensée ne sont, le plus souvent, ni fous, ni désocialisés, ni même idiots”. Gérald Bronner va donc chercher à définir la pensée extrême, à identifier ces extrémistes, leur psychologie, les mécanismes d’adhésion à une pensée extrême et enfin d’identifier les mécanismes permettant de faire changer d’avis un extrémiste. Le fait est que “les croyances extrêmes ne disparaîtront pas de l’horizon de notre contemporanéité. Les individus qui la composent, loin d’être des monstres d’irrationalité sont extrêmement logiques”.

Au final, cet essai décrit des mécanismes cognitifs propres à l’ensemble des êtres humains, à vous, à moi, démontant nos limites, notre fonctionnement cognitif, le marché des idées…

De la connaissance et la croyance.
Pourquoi la croyance existe-t-elle toujours avec l’avènement de la science qui doit faire disparaître les croyances et les mythes. Le paradoxe de la sphère de Pascal démontre que l’inconnaissance et la connaissance progresse de concert. ”Si la connaissance est une sphère, sa surface est en contact avec ce qu’elle ne contient pas, c'est-à-dire l’inconnu. De ce fait à mesure que la connaissance progresse, la surface de la sphère fait de même, l’air au contact avec l’ignorance ne cesse de progresser aussi“. La conscience de l’inconnu croît.

Notre esprit est limité
Nous sommes empêchés d’être des êtres purement rationnels car nous sommes :

  • limités dimensionnellement parce que notre conscience est prisonnière d’un espace restreint et d’un présent éternel,
  • limités culturellement parce qu’il interprète toute information en fonction de représentations préalables,
  • limités cognitivement par la limite même de la puissance de traitement de notre cerveau face aux problèmes posés.

Comprendre l’Autre, cet autre Soi. Les 5 Axes
L’Homme a les outils pour analyser le comportement des Autres. Il s’agit de rechercher les raisons de l’adhésion à une pensée extrême (ou une pensée/croyance normale) méthodiquement via 5 Axes :

  • Conditionnalité existent-ils des raisons conditionnelles qui explique l’adhésion à telle ou telle croyances ?
  • Progressivité l’adhésion à cette croyance a-t-elle pu se faire par étapes insensibles jusqu’à un point de non-retour ?
  • Dimension Ces croyances se situent peut-être dans un espace et un temps fort éloigné du notre. (limitation naturelle de notre système cognitif)
  • Culture La culture affecte notre représentation du réel.
  • Cognition nos routines mentales, ces procédures toutes faites utilisées par notre cerveau pour servir des réponses à moindre coût cognitif.

Le piège de la rationalité cognitive
Notre cerveau aime le confort aussi une conclusion est admise dès lors qu’elle est nécessaire et cohérente avec les prémisses admises. Il a besoin de sentir une cohérence logique entre les propositions de la théorie, leur compatibilité avec le réel. Si tel est le cas, la rationalité cognitive pourrait être amenée à admettre des propositions qui présentées autrement eussent été refusées. Ce qui peut expliquer pourquoi les personnes éduquées sont les victimes des gourous, terroristes et des commerciaux !

Du marché cognitif
Le Marché cognitif (marché des croyances et des idées) avec des produits cognitifs (les idées, les croyances) qui sont proposées aux personnes. Ces produits peuvent être en situation de concurrence, d’oligopole…Théorisé depuis Aristote jusqu’à Marshall* qui l’a généralisé avec les courbes de l’offre et de la demande. Le prix cognitif sur ce marché est représenté par l’effort devant être réalisé pour acquérir ce bien. Plus les gens sont nombreux autour de moi à croire cela, moins il m’en coûte d’y croire aussi. Vous avez dit politiquement correct ?

Gérald Bronner  - La pensée extrême ou comment des hommes ordinaires deviennent fanatiques

La transsubjectivité, sociopathie et l’incommensurabilité...
Sur ce Marché cognitif, certaines croyances sont caractérisées par la transsubjectivité (partage inconscient de règles) et la sociopathie (antisocial).

...et l’incommensurabilité, le fait que la croyance adoptée deviennent une valeur absolue. Nous autres, hommes normaux, affectons une valeur à nos croyances, les rendant relatives.

Conclusion
Malgré quelques longueurs, Gérald Bronner sait vulgariser sa science sans tomber dans la caricature. Les mécanismes mentaux décrits permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la société, des Autres, de Soi.

Pour tous ceux qui veulent tenter de vivre en harmonie avec le monde, en essayant de comprendre sans forcément accepter, ce livre est un cadeau intellectuel.

*Marshall, Principes d’économie politique, Paris, 1906

Lectori salutem, Patrick

Publié dans sciences, politique

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