Olivier Rolin – Baïkal - Amour

Publié le par Patrick Chabannes

"J’aime les trains russes, j’aime leur lenteur, pas plus de soixante kilomètres à l’heure en moyenne, qui permet de se laisser doucement engourdir par la monotonie du paysage."
Récit d’un voyage sur les 4 300 km du BAM, la grande ligne Baïkal – Amour, au sein du désert glacé. Une construction démarrée en 34, arrêtée par la guerre, reprise en 70 et achevée fin des années 80 : Taïchet, Oust-Kout, Severobaïkalsk, le lac Baïkal, Tynda, l’Amour, Komsomolsk, le détroit de Tartarie face à l’Ile de Sakhaline…
Beaucoup de ses villes sont nées de la construction de la ligne portant les traces de la douleur de l’histoire de la grande répression, des zeks, des déportés qui tombèrent pour faire avancer la révolution et le train.

"Le tragique particulier à beaucoup de paysages russes ne tient pas seulement à ce qu’on voit, mais à ce qu’on y lit des destins qui s’y sont fracassés, du sang et des larmes dont on les sait gorgés. "
Tout est dit. Le récit de voyage n’aura pas la poésie d’un Tesson mais le dur réalisme de l’observateur de la géographie tout intriquée d’Histoire, de l’histoire des esclaves qui fournirent la main d’œuvre chargée de la construction des premiers tronçons du BAM.

"Je crois comprendre que ce pays, ces gens, ont connu des cataclysmes dont nous n’avons plus idée, et qui nous interdisent, me semble-t-il, de les juger avec ce que nous croyons être nos confortables certitudes."
Et l’auteur de conter ses péripéties de voyage de ville en ville, de retracer l’histoire dure et sanglante, de faire chanter la nature hostile quand l’eau murmure sous la glace ou quand les mélèzes peignent de stries noires et blanches les lacs et rivières.

Ouvrez le livre, prenez le temps et vous vous souviendrez des Taïchet, le camp de transit du Goulag ; d’Oust-Kout, une ville d’avant le BAM, à l’accueil glacial où Trotski fut déporté en 1900 ; de Severobaïkalsk et de la vallée de la Srednii Sakoukan, paysage grandiose et sinistre où se situait de 49 à 51 un camp de 500 déportés assujettis à l’extraction de l’uranium : le sang des zeks de la russie nucléaire ; de l’Amour, ce fleuve frontière entre chinois et russe porte un nom bouriate ne signifiant rien de particulier sauf à nos oreilles françaises. Les chinois l’appellent Heilongjian, fleuve du Dragon noir ; de Komsomolsk et les usines de Soukhoï et son stade, Prospekt Mira, construit sur les camps de déportés ; vous vivrez les combats de Tatiana pour le théâtre et la mémoire ; vous tremblerez devant le million d’êtres humains, esclaves passés de 47 à 52 par Vanino ravitaillant la Kolyma
Ecoutez, lisez les paroles, le chant de prisonnier de Vanino par Tatiana Kabanova

Ecoutez, lisez les paroles, le chant de prisonnier de Vanino par Tatiana Kabanova

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