Sylvain Tesson – Bérézina

Publié le par Patrick Chabannes

"La Retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe unique dans l’Histoire des Hommes : une armée marcha, de victoire en victoire, vers son anéantissement total."
2012, 200ème Anniversaire de la campagne de Russie. Trois français un peu fous accompagnés de deux russes qui ne le sont pas mois s’élancent sur les traces de la Grande Armée à bord de l’inoxydable motocyclette à panier adjacent soviétique, un side-car, Oural 1966, avec cette impression de se tenir à cheval tout en barrant un chalutier.

Un inoubliable voyage dans le temps et dans l’espace.
"Pourquoi répéter la Retraite ? Pour le panache, chérie, le panache."
Avec cette magnifique écriture, Sylvain Tesson conte la retraite de la Grande Armée au long des 13 étapes du périple de ces amoureux de l’inutile se demandant comment les individus de la modernité utilitaire et calculatrice ne supportant pas de perdre quelques soldats au feu pourraient comprendre les 450 000 hommes d’une armée réduite à 10 000 en combattant pour des idées ou une fidélité.

"Je côtoyais les Russes depuis 1991. Ils ne m’avaient jamais semblé rongés par l’inquiétude, le calcul, la rancune, ni le doute : vertus de la modernité.
Je nourrissais une tendresse pour ces salves des plaines et des forêts dont la poignée de main vous broyait à jamais l’envie de leur redire bonjour. Me plaisait leur fatalisme, cette manière de siffler le thé par une après-midi de soleil, leur goût du tragique, leur sens du sacré, leur inaptitude à l’organisation, cette capacité à jeter toutes leurs forces par la fenêtre de l’instant, leur impulsivité épuisante, leur mépris pour l’avenir et pour tout ce qui ressemblait à une programmatique personnelle. Les Russes furent les champions des plans quinquennaux parce qu’ils étaient incapables de prévoir ce qu’ils allaient faire eux-mêmes dans les cinq prochaines minutes. Quand bien même l’auraient-ils su, « ils n’atteignaient jamais leur but parce qu’ils le dépassaient toujours », précisait Mme de Staël."

Idée de cadeau : Bérézina de Tesson chez Gallimard, 2016, 256 pages avec les photographies de Thomas Goisque

Crédit : carte de la campagne de Russie de 1812 basée sur les chiffres de Charles Minard

Editions Guérin Chamonix, collection Démarche, 2015, 200 pages, un petit 19,50€ pour treize jours d’un inoubliable voyage

Lectori salutem, Patrick

 

Publié dans Littérature, conscience, voyage

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