Charles-Edouard Bouée – La chute de l’empire humain, mémoires d’un robot

Publié le par Patrick Chabannes

« Dans le monde qui est le mien, dix ans, c’est un siècle. »
Alors que la crainte de voir l’intelligence humaine supplantée par l’intelligence artificielle s’installe au fil des innovations portées à la connaissance du grand public, Charles-Henri Bouée et François Roche décrivent le monde qui vient, cette vague au loin qui nous emportera dans ce monde naissant, terrifiant pour les uns, passionnant pour les autres.

Le ton vif et passionné, le choix d’un robot narrateur de son histoire, une solide documentation, des scénarios d’anticipation tout à fait possibles se déroulant en 2036, la singularité, un curieux épilogue, tout concourt à votre plaisir de lecteur, à satisfaire votre curiosité : qu’est-ce qu’une intelligence artificielle, quand tout cela a commencé, où en sommes-nous, où allons-nous et l’empire humain pourrait-il céder le pas à celui des machines ? 

 

Pour ma part je noterai que la part belle est offerte à l’intelligence, cette mécanique toujours en action, au faire qui occupe toujours plus notre vie aux dépens de l’esprit, qui parfois, par intermittence, nous permet juste d’être.

« Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. » Saint-Exupéry in Lettre au Général X

Le cerveau humain n’est-il qu’une machine à calculer, une intelligence creuse créant en miroir l’intelligence artificielle, pour faire raisonner le bruit du monde sans lui apporter de sens. Sauvons notre patrie intérieure, fréquentons la beauté du monde miroir de l’âme, 

 

"Les ennemis de la lecture, dans notre monde, sont, de manière beaucoup plus massive et profonde, la difficulté de se procurer, dans notre société, les biens qui sont indispensables à la lecture: le silence, la solitude et, de façon provocante, j'aurais envie d'ajouter l'ennui.

Mona Ozouf,
L’époque moderne avec sa mécanique, sa rapidité, sa technique n’est-elle pas en voie d’étouffer ce qui nourrit et sculpte les silences de l’âme : la lenteur, le silence, la beauté, l’amitié, la contemplation, la conversation.

« L’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. »

Comme Saint-Exupéry, dans sa Lettre au Général X, n’aurions-nous pas raison de detester le futur si bien décrit dans cet ouvrage.

“Le progrès commun consiste à la quantification des choses et des humains, leur mise en chiffre.” Le journal de Jünger, Soixante-dix s’efface, tome 1, page27

 

Merci à Jean-Philippe C de cette idée de lecture offerte lors d’un dîner professionnel.

 

Edition Bernard Grasset, 2017, 202 pages pour un raisonnable 18€

 

 

Lectori salutem, Patrick

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jennifer 27/08/2018 13:57

This one sounds really good!

Patrick Chabannes 27/08/2018 19:24

Hi Jenny,
Really good. Do you want to read it in french.
I can bring it for our next dinner.
Patrick