Josef Shovanec – Nos intelligences multiples

Publié le par Patrick Chabannes

"Notre temps, peut-être plus qu’aucun autre à l’exception de la valorisation antique de l’art de la rhétorique, fait de la parole volubile le premier des critères de l’intelligence."

La biodiversité humaine a-t-elle sa place au sein de notre société standardisée et normative ? Dans un processus de normalisation, quel sort sera-t-il réservé à l’anormal, à l’irrégulier ? Ce violent exorde lancé à l’attention de tous les adaptés de notre modernité tueuse des différences est à l’image de ce livre: une hache.
"Un livre doit être la hache qui brise en nous la mer gelée."

Que le souhait de Kafka soit réalisé, que la mer gelée se brise, que les bavards et les calculateurs se taisent pour laisser la place aux intelligences multiples richesse d’une civilisation réellement humaine. 

 

Abra Ka Dabra. (Qu’il advienne comme il est dit en araméen)
Dans une langue riche et complexe, Josef Schovanec, avocat de la cause des autistes, des différents et des bizarres, dresse un constat sans appel sur la normalisation de notre époque et son eugénisme rampant. Les percées scientifiques, l’informatique, les copistes, Wikipédia, le gnosticisme, les arts et lettres doivent tout aux créateurs de mondes nouveaux. Ils avaient une place dans la société, les portes se sont refermées excluant de nos vies la diversité et la richesse de nos semblables et laissant la place à l’ère du bruit et du babil incessant. L’absence du silence est un complot contre l’intelligence.

Les 8 intelligences ou les intelligences multiples de Howard Gardner
La vision hiérarchique et prétendument scientifique de l’intelligence, une croyance apparue au tournant du XIXème tandis que d’autres utopies meurtrières, ses voisines intellectuelles, nazisme ou communisme, ont disparues dans les poubelles de l’histoire, continue à étendre son emprise sur le monde. Cette intelligence, pensée comme une fonction mentale unitaire décrivant notre capacité à solutionner les problèmes, a été remise en cause il y a 30 ans par Howard Gardneravec sa théorie des intelligences multiples. Comment est-il possible qu’une théorie aussi évidente, juste et humaniste ne fasse point partie des savoirs communs et n’ait pas trouvé la résonnance au sein de notre civilisation pour induire les transformations nécessaires ? 

La civilisation occidentale est-elle si malade ?

« Etre bien adapté dans une société profondément malade, n’est pas un signe de bonne santé.» Jiddu Krishnamurti

 

Josef Schovanec remet en question de manière brillante des évidences qui ne sont que des biais culturels. 

  • Quelle est la fonction d’une langue ?
    Non, la fonction première d’une langue n’est pas la communication. C’est la création d’un monde intérieur. C’est une prolongation de la communication sans message (fonction phatique). La communication n’est qu’un sous-produit du commerce, de la politique, et du pouvoir en général.
  • Les concours, une équité ?
    La loi des concours exige toujours les mêmes profils cognitifs avec sa prédominance rhétorique fermant la porte à de plus savants, plus brillants et moins ambitieux.
    L’agrégation ne signifie-t-elle pas littéralement l’adjonction au troupeau (Grex, gregis)
  • Les carrières et le pouvoir.
    Les postes importants sont tous corrélés à l’intelligence émotionnelle ou l’intelligence mathématico-scolaire.
    Le grand gagnant de la modernité égalitariste n’est-il pas l’anglais et sa grammaire si simple.
  • De la simplification des langues
    N’avez-vous pas noté une simplification apparente des langues ? Aujourd’hui présenté sous couvert d’égalité, ce mouvement bien de loin. La grammaire du latin est plus subtile que celle du français, celle du sanskrit que celle de l’Hindi ou celle de l’hébreu biblique du moderne. 
    Joseph Schovanec, linguiste de génie, nous précise que cette apparente simplicité cache par des signes extralinguistiques les facteurs de distinction sociale. Ces facteurs ne pouvant être appris, les classes subsistent…L’anglais en est un exemple criant. Songez-y lorsque de bonnes âmes réclament une simplification du français. 

A lire et faire lire par toutes et tous, de tout âge. Pour les différents, bizarres, artistes ou les intégrés. Les uns pour mieux se connaître et les autres pour mieux appréhender le monde. 

 

Crédit: « Un livre doit être la hache qui brise en nous la mer gelée. » 
Franz Kafka (1883 – 1924) , Lettre à Oskar Pollak, 27 Janvier 1904, œuvres complètes, La Pléiade, Tome 3, 

 

Editions de l’observatoire, 2018, 182 pages passionnantes offertes pour un malheureux 17€

 

Lectorat salutem, Patrick

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