Henri Quantin - Correspondance Maritain, Mauriac, Claudel et Bernanos

Publié le par Patrick Chabannes

« La faiblesse de la vérité ( si la vérité, comme je le crois, est le Christ) c’est qu’elle parle une langue incompréhensible à ceux qui l’ont rejetée ou refusée, ou qui ne la cherche pas en gémissant. Et le grand avantage de l’erreur ( si l’erreur est de dire non à Dieu), c’est de parler au monde le langage du monde. »

La douceur des échanges épistolaires ouvre l’âme du lecteur à ce témoignage extraordinaire magnifiquement travaillé et critiqué par Henri Quantin. Les quatre plus grands écrivains catholiques français conversent sans filtre sur les grandes questions du XXème siècle. Les divergences sont fortes sur des sujets tels que la montée de l’antisémitisme, la guerre d’Espagne, la condamnation de l’AF, P XII, le nationalisme…Loin des anathèmes de Sartre, ces quatre esprits, Jacques Maritain, François Mauriac, Paul Claudel et Georges Bernanos, refusent les logiques partisanes, révélant leurs désaccords avec charité en accord avec Claudel : « Un catholique n’a pas d’alliés, il ne peut avoir que des frères. »

 

Quelques citations en guise de vade-mecum

 

« Tant que les sociétés modernes secrèteront la misère comme un produit normal de leur fonctionnement, il n’y aura pas

de repos pour un chrétien. »
Jacques Maritain, Question de conscience, Desclée de Brouwer, 1938, cité par François Mauriac in Temps présent, 16 Juin 1939

 

Vous êtes un poisson des grandes profondeurs. Lumineux et aveugle. On se demande si votre corps n’est pas une formule de politesse, un vêtement jeté vite sur l’âme pour recevoir vos amis.
Jean Cocteau à propos de Maritain in Œuvres complètes de Maritain, vol III, p. 664

 

L’abstraction, qui est la mort de l’un, l’autre y respire ; l’imagination, le discontinu, l’invérifiable, où l’autre périt, fait la vie de l’un.
De la poésie et de la métaphysique, Jacques Maritain, les degrés du savoir, in Œuvres complètes, Vol IV, p. 277

 

« La faiblesse de la vérité ( si la vérité, comme je le crois, est le Christ) c’est qu’elle parle une langue incompréhensible à ceux qui l’ont rejetée ou refusée, ou qui ne la cherche pas en gémissant. Et le grand avantage de l’erreur ( si l’erreur est de dire non à Dieu), c’est de parler au monde le langage du monde. »
François Mauriac, Bloc-Notes, Tome III (1961 – 1964), Seuil, 1993, p. 425

 

« Tout homme qui ne meurt pas dans le Christ et dans la communion avec le Christ meurt dans sa propre image. »
Claudel in le problème du mal cité par Jacques Maritain, correspondance du 23 Juillet 1930.

 

« Un catholique n’a pas d’alliés, il ne peut avoir que des frères. »

Paul Claudel

 

« Mon livre est au point. J’en fais actuellement taper le texte à la machine. J’ai hâte que ce dernier travail soit fini, pour m’enlever la tentation de refaire encore un chapitre ou deux...Depuis dix-huit mois je retranche toujours. Je voudrai que cela fût encore plus rude, plus nu, plus dénué de grâces. »
Georges Bernanos à propos de Sous le soleil de Satan, in Lettre retrouvées, correspondance inédite 1904 – 1948, Plon, 1983, p. 123 

 

« On écrit toujours un livre pour certaines âmes qu’on aime, à leur intention ; j’ai écrit le mien pour celles qui cherchent encore Dieu, et que la faveur dévote rebute. Il ne faut pas que le sang de la croix nous fasse mal au cœur. »
Georges Bernanos, correspondances à propos de Sous le soleil de Satan.

 

« La parole d’un chrétien n’a plus ni sens ni poids depuis que l’usage s’est répandu parmi nous de ne dispenser que des vérités dites opportunes. Il n’y a pas de vérités opportunes. Il n’y a que des vérités tronquées, ou pour mieux dire, des espèces de monstres, moitié vérité, moitié mensonge, torses d’ange et croupes de bouc…
Georges Bernanos in La grande peur des bien-pensants, Grasset, 1931, Le livre de poche, 1969 p. 436.

« L’Evangile est une nouvelle à annoncer et non une idéologie à défendre. L’Eglise n’est pas un parti politique dont chacun doit suivre la ligne électorale ou claquer la porte, mais une famille dont les réunions dégénèrent une fois sur deux, sans que les frères ne cessent pour autant d’avoir le même Père. »
Henri Quantin - Correspondance Maritain, Mauriac, Claudel et Bernanos, 2018

 

Conclusion de l’auteur
« Puissent tous les lecteurs de ces lettres, qu’ils suivent Gide ou qu’ils suivent Mauriac, renoncer à la distance archéologique, pour pressentir l’esprit ou la grâce qui œuvrent aux relevailles de ces manuscrits jaunis par le temps. Les aveux affectueux, les cris du cœur blessé et les dialogues en vérité qui parcourent cette correspondance ne sont pas enfermés dans leur contexte historique ; ils débordent la matérialité des mots plus ou moins lisibles qui couvrent le papier, de même qu’ils peuvent s’adresser sans cesse à de nouveaux destinataires. » 

 

Editions du Cerf, 2018, 360 pages pour 25€

 

Lectori salutem in Xto Jesu, Pikkendorff

 

Publié dans conscience, Littérature

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