Philippe Herlin – La renaissance de l’Occident

Publié le par Patrick Chabannes

"Les Anciens sortaient de la caverne de Platon pour accéder à l’universel tandis que les Modernes y restent pour en discuter les détails et les déterminations."

Le combat politique doit-il se résumer par cette bataille entre conservateurs et progressistes avec toujours la victoire de ces derniers ? Et si ces deux forces s’entretenaient sans réellement se différencier ? Ce manifeste pour la restauration du droit naturel tente de résoudre et dépasser cette difficile équation en démontrant combien l’évolution de l’universalisme vers l’existentialisme et de l’humanisme en l’individualisme témoigne de la victoire du déconstructeur Heidegger sur la raison de Kant.

Un essai troublant, intéressant et tranchant.

 

Universaux aux existentiaux 

Une clé majeure de la démonstration de Philippe Herlin repose sur la philosophie de Heidegger et sa continuité temporelle. L’idée maîtresse est une déconstruction de l’humanisme universaliste reformulant la question « Qu’est-ce que l’homme ? », l’essence, l’universel, la vie bonne par « qui est l’homme », l’existence, l’individu, les désirs. 

Le basculement des universaux aux existentiaux s’incarne dans cette formule de Sartre : « L’existence précède l’essence. »

Le développement de l’auteur apporte clarté et précision : « La subjectivité prend le pas sur l’objectivité, le temps présent sur l’éternel, l’ici et maintenant sur l’universalité. C’est peut-être plus humain, dans un premier temps, mais pas forcément plus humaniste. À la différence des universaux, qui relèvent d’une pensée conceptuelle et rationnelle, les existentiaux se situent au niveau de la sensation et de l’imagination. »

 

Heidegger et les cahiers noirs

Fait troublant le premier volume des Cahiers noirs d’Heidegger fait surface en 2014 tel que programmé par le défunt philosophe. Et les affinités nazies de ce dernier se confirment n’en déplaisent à ces thuriféraires. Philippe Herlin en tire la conclusion d’une parenté de pensée avec le régime nazi bien au-delà de la défaite de 1945. Seuls les germanophones pourront s’en faire une idée tant la traduction en langue française des Cahier noirs chez Gallimard est proche de l’escroquerie. Ne traduisent-ils pas Nationalsozialismus par socialisme national pour éviter un facile rapprochement avec la svastika du moustachu ?

Protégé hier et aujourd’hui, Heidegger a pu continuer à diffuser son antihumanisme au sein de la philosophie et, grâce à de glorieux disciples, Louis Althusser , Jacques Derrida, Michel Foucault ou Alain Badiou, jusque dans les universités et les écoles.

 

Hitler a-t-il gagné ou l’antihumanisme triomphant

  • "Ce qui est juste, c’est ce que dit la loi. Voilà, c’est tout. Et la loi ne se réfère pas à un ordre naturel. Elle se réfère à un rapport de force à un moment donné. Et point final." 
  • "L’État total ne doit reconnaître aucune différence entre le droit et la morale." 
  • "Je ne sais pas ce que sont le bien et le mal, et vous avez de la chance si vous le savez vousmême ! En tous cas le CCNE n’est pas là pour indiquer où se trouvent le bien et le mal."

Notez le parallèle idéologique ces citations : l’une de Hitler, l’autre du Sénateur Jean-Pierre Michel (15/02/2013) et la troisième de Jean-François Delfraissy, Président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE)

 

Le relativisme de la vérité

"Celui croît à la vérité représente un danger." Allan Bloom (1930 – 1992) in L’Âme désarmée

Pour le monde d’aujourd’hui, ce que Heidegger aurait appelé la postmodernité, la relativité de la vérité n’est pas qu’une intuition théorique. Il s’agit d’un postulat moral, condition nécessaire pour une société libre. Ce relativisme de la vérité, venu des philosophes du doute, est un changement de paradigme, aussi considérable que celui qui s’est produit au moment où le christianisme a remplacé le paganisme grec et romain.

Ce relativisme mine de l’intérieur la société et l’individu nous menant au nihilisme et à l’obscurantisme fanatique de personnes n’ayant qu’eux-mêmes comme mesure du tout.

 

L’historicisme, encore un truc en isme

Soutien fervent du relativisme, l’historicisme postule que tout est histoire, tous les phénomènes humains sont historiques, déterminés par d’autres faits historiques. Que toutes les vérités dépendent d’un contexte historique et culturel. La vérité n’aurait pas de sens. En un mot, "Les Anciens sortaient de la caverne de Platon pour accéder à l’universel tandis que les Modernes y restent pour en discuter les détails et les déterminations."

 

De la restauration ou du primat du droit naturel

"Le droit naturel consiste à distinguer le bien et le mal et à comprendre la finalité de l’homme dans le monde."

Philippe Herlin d’en appeler à la restauration de l’idée de vérité grâce à l’ordre naturel sans en méconnaître les difficultés et, faisant appel à maints auteurs dont Léo Strauss, il tente de tracer une voie entre conservateurs, religion, raison…

  • Les conservateurs devront cesser d’en appeler à la tradition comme à une vérité relative faisant par là le jeu de l’historicisme
  • La religion devra se souvenir de l’Aquinate défendant la raison face à la révélation. La tradition chrétienne n’at-elle pas été une révolution ?

"Rechercher le bien et éviter le mal est un travail exigeant, semé d’embûches et d’échecs, sans espoir d’atteindre une solution absolue et définitive."

L’absence de solution définitive assure un équilibre et une liberté rendant ce travail encore plus nécessaire.

 

"L’homme est certes libre de faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut."
Schopenhauer

Un livre nécessaire avec ses qualités et ses défauts. Un engagement de tous les instants de son auteur et surtout une idée, un cadre de réflexion, pour les conservateurs libres et innovants face au nihilisme du progressisme.

 

Bookelis, 2020, 12€, 161 pages d’engagement résolu et argumenté

 

Lectori salutem, Patrick

Publié dans conscience, politique

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