Xu Zhiyuan – Étranger dans mon propre pays

Publié le par Patrick Chabannes

« Mais tout un chacun peut constater que ce pays a été « rénové » de fond en comble. Il est difficile d’apercevoir une construction de plus d’un siècle d’âge. Et quand aux évènements qui se sont déroulés ces vingt dernières années, nous ne nous en souvenons à peine : ici, les être sont pareils à ces lentilles d’eau qui flottent sans racine. »

Récits de voyages, portraits et commentaires, une vertigineuse plongée dans l’intime de l’immense Chine. Une mélancolie née des profondes ruptures éprouvées par la société chinoise contemporaine, de ces villes toutes semblables qui ont grandi trop vite en congédiant le passé. Une amnésie semble avoir frappé tout un peuple au profit de l’argent et de l’immédiat dans un monde où les aspirations humaines se résumeraient à des besoins matériels.

 

« Tu n’as fréquenté que des vainqueurs. Ceux-là, on les reconnaît à leur décontraction lorsqu’ils s’expriment en société. Mais la majorité silencieuse n’a pas cette aisance ; il me fallait maintenant comprendre le silence, les regards vagues ou certaines façons de secouer la tête… »

Premier voyage, celui de la diagonale Aihui, à la frontière russe, à Tchengchong, près de la Birmanie. 

Trouvaille du géographe Hu Xuanyong, elle correspond à une ligne de démarcation intéressante à retenir : côté est, 43% du territoire et 90% de la population avec les Hans, côté ouest vivent Mandchous, Hui, Wei, Tibétains et autres minorités nationales ; les villes et villages situés le long de cette ligne sont restés en marge du miracle chinois.

« Moi-même, combien de fois me suis-je senti étranger dans ce pays ? Notre société a connu des bouleversements d’une telle violence et d’une telle rapidité que le pays tout entier semble être un grand arbre déraciné. La Chine a oublié ses origines. Sur la route j’ai pu voir à quel point les révolutions, les guerres, les mouvements politiques et le développement économique avaient retourné sa terre de fond en comble, arasé les nuances locales, détruit les structures anciennes et les relations sociales… »

Un livre à offrir pour qui s’intéresse à notre monde. À découvrir.
Comment autrement pourrez-vous aller dans l’intime d’un pays marqué par le révolution culturelle comme nous par le Révolution et l’Empire ;  un pays gigantesque où avec une diversité ethnique, linguistique et surtout d’accents que l’on ne peut connaître à l’Est du pays ; un pays sujet à des changements très rapides, à un bouleversement gigantesque, anarchique et sans égard pour les individus au point que l’apathie ou l’indifférence y sont devenu des stratégies de survie face à une administration toute-puissante et dysfonctionnelle.

 

Traduit du chinois par Nicolas Ruiz-Lescot

 

Éditions Picquier, 2020 pour la version française, paru en 2011 pour la version originale sous le titre Zuguo de moshengren (Alienated from the mother land), 310 pages pour un léger 20€ bien mérité au regard du voyage dans le temps et l’espace.

 

Lectori salutem, Patrick

Publié dans Géopolitique, voyage, histoire

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