Philippe de Villiers - Le mystère Clovis

Publié le par Pikkendorff

« J’ai marché, solitaire. Ainsi l’exige la grandeur de la charge royale. Le roi n’est à personne, à aucune coterie, à aucune tribu, à aucune complaisance. Il n’appartient qu’à ce qui le rend nécessaire. »

Un souffle épique soulève les pages de ce magnifique ouvrage contant la geste de Clovis, Roi des Francs Saliens à la fin du Vème siècle lorsque la Romania s’écroule face à la Gothia. Un moment clé de l’histoire européenne en général et de la Gaule en particulier au sein de l’histoire en marche, la fin d’un monde. Un livre hors de l’ordinaire.

« Je vais au-devant des vieux soldats. Ils ont revêtu leur mise rituelle, à l’ancienne. A la lisière de la forêt, de loin, on dirait des troupeaux de bêtes féroces: parés de dépouilles d’aurochs, d’ours, de veaux marins, de sangliers et de chevreuils, ils m’attendent. »

An 481, des milliers d’antrustions, les fidèles guerriers, pleurent la mort de Childeric et saluent le jeune Chlodowing / Clovis, couronné roi des Francs saliens à 15 ans, roi en cette Belgique Seconde entre saxons et hordes gothiques sur ces terres ravagées depuis 406 par les grandes invasions des Vandales, des Suèves et des Alains, puis en 451 par les Huns.

Après cinq longues années de préparation et réflexion, la terre boit le sang versé par les framées, les scramasaxes et les terribles haches de jet. Clovis le Barbare romanisé se lève contre Sygarius, le Romain barbarisé, le Rex Romanorum. La bataille de Soissons marque l’histoire. Les rois chevelus prennent la relève de l’empire déchu.

« Il ne suffit pas d’être chevelus pour être obéi par les Francs. Il faut aussi, pour mettre le feu du Walhalla dans les veines de ses guerriers, travailler à son regard de conquête, pour avoir des yeux  de tempête, de la couleur de la mer orageuse. Je m’y préparais à chaque instant. »

 

Des forces spirituelles, guerrières et traditionnelles s’affrontent pour détenir l’autorité et la puissance, l’auctoritas et la potestas.

  • Les païens avec Wotan et les Ariens, l’hérésie du Dieu puissance et les chrétiens et leur Dieu trinitaire fort de sa faiblesse et du soutien du fort au faible. 
  • Et, influencé par sa femme Clotilde, inspiré par Rémi, Geneviève et Martin, soutenu par les prélats et les hauts lieux de Chartres et Reims, Clovis entouré de la force de ses Francs saliens fait face aux  puissants et riches germains: Alaric II le Wisigoth, Théodoric le Goth, Thrasamund le Vandal, Gondebaud le Burgonde et les essaims furieux d’Alamans.

« La plus haute forme de la politique, c’est la charité. Et la plus haute forme de charité, c’est la politique.La cité et l’Esprit, il faut les deux. Pas de cité sans âme. Pas d’âme sans incarnation. »

Vouillé, 508, la victoire définitive contre Alaric et le baptême de Clovis à Reims. La Gaule ne sera pas germanique. Les Francs romanisés et christianisés sont la continuité du défunt empire. La  Romania a vaincu la Gothia. La lex salica, la loi salique, adaptée devient la loi nouvelle. 

 

Albin Michel, 2018, 400 pages pour un petit 22€ compte tenu des cartes, de la bibligraphie, des recherches personnelles et des découvertes historiques.

 

Lectori salutem, Pikkendorff

 

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