Bérengère Courant – De pierre et d’os

Publié le par Patrick Chabannes

"Tu es quelqu’un d’étrange, à mi-chemin entre l’homme et la femme, l’orpheline et le chasseur, l’Ours et l’Hermine…Qui sait ce que tu peux encore devenir."

Dans ce conte poétique, cette épopée Inuit, ce chant d’Uqsuralik, la femme de pierre au caractère d’ours, au nom d’hermine, Bérengère Courant propose une vision poétique du monde sans en cacher sa dure réalité. 

 

"Durant ma longue vie d’Inuit, j’ai appris que le pouvoir est quelque chose de silencieux. Quelque chose que l’on reçoit et qui – comme les chants, les enfants – nous traverse. Et qu’on doit ensuite laisser courir."

Ce conte sur les derniers des Hommes que ne renierait pas le découvreur des Alakalufs aux antipodes des Inuits, nous immerge dans ce monde ancien toujours vivant – ce monde où les hommes et animaux partagent le même langage, la même perception du monde.

 

"Tout au bord du rivage, là où l’eau monte et descend à l’ombre d’une falaise, la glace se forme, se brise, fond, se reforme et s’agrège- ce sont les balbutiements de la banquise." On n’entame pas seule cette saison – je dois rejoindre un groupe humain.

Ajurnamat ! C’est comme ça. Poésie heureuse et tragique. Adaptation résignée, évolution volontaire et continue au sein du monde blanc changeant et immobile, Le danger rode à tout instant sur ces terres inviolées, la mort frappe et la vie continue. 

 

"Le temps où la lune tourne en rond dans le ciel sans jamais atteindre l’horizon est revenu. LE soleil ne paraît plus."

Remercions Bérengère Courant pour s’être plongée pendant près d’un an dans les fonds documentaires Jean Malaurie et Paul-Emile Victor pour offrir ce conte poétique. 

Les 20 pages de photographies et de poésie en fin d’ouvrage offriront au lecteur qui tentera de coloniser cet imaginaire un aperçu de l’inconnu.

Je suis un flocon de neige
Qui est tombé du ciel
Jusqu’à une banquise inconnue
Je suis un souffle au creux de la nuit polaire
Je suis un renard blanc qui a fondu

Donner naissance à des jumeaux. Avez-vous souvenir d'une telle poésie du monde?

"Mon corps se débat, mais je ne suis plus là, je ne suis plus moi-même - je livre un combat à un ours. Avec un couteau, je fends l’air, ma peau cherche le contact de ses crocs et de ses griffes. Je fouis dans ses poils, sa fourrure me colle au visage.

Son corps s’ouvre enfin, la chaleur de son sang se répand sur moi –puis son poids. Je suis à terre – écrasé par l’ours. Mon souffle s’amenuise, la lumière se concentre en un point minuscule, puis disparaît. Je meurs ainsi – tranquille.

L’ours me réveille en me léchant les cuisses. Ses crocs sont une vingtaine de petits doigts mouillés qui me cherchent. J’ouvre les yeux pour l’apercevoir. La plage est lavée, le lac est apaisé. J’ai entre les jambes deux bébés – deux garçons mêlés."

 

Le tripode, 2019, 220 pages et 20 pages de photographies, 19€

 

Lectori salutem, Patrick

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