Giosuè Calaciura - Borgo Vecchio

Publié le par Patrick Chabannes

"Les gens étaient captivés par le son de cette sirène qui se mouillait de mer et se noyait dans la nuit."

La puissance évocatrice de la langue de Calaciura transforme en or le triste quotidien des habitants du Borgo Vecchio, ce vieux quartier au pied du port de Palerme où la police n’entre guère.  Dans ce conte un peu triste et ensoleillé, cinq personnages sont le Borgo Vecchio, cinq destins liés au Quartier par le Quartier

 

Les enfants du Borgo Vecchio sont tous Mimmo ou Cristofaro ; le romancier nous les montre dans leur vérité avec tendresse même si «Au Borgo Vecchio, tout le monde savait que Cristofaro pleurait chaque soir la bière de son père ». Et le lecteur par le truchement de la littérature, de la magie du Maître et du talent de la traductrice Lise Chapuis, "les vit comme leur mère elle-même ne les avait pas vus, tellement abandonnés, tellement nouveau-nés malgré les signes inexorables comme l’automne, il les vit tellement seuls au monde, il les reconnut dans le caprice de Dieu et dans la violence sans remède de la nature, dans leur profil dénué de douceur, prisonniers du rêve sans mystère des enfants du Borgo Vecchio."

 

Et la solaire Carmela, ses amours tarifés et sa timide fille Celeste.

"Les marins qui s’en reviennent de l’amour payant et faire la promenade solitaire pour se remettre en mémoire chaque caresse, pour sentir encore le frisson de la peau, et ils réfléchissent silencieusement au mystère de l’excitation, il répète chaque geste, il s’accroche à l'odeur des draps, avec la salive leur revient à la bouche la douceur des seins, et c’est seulement à la fin qu’ils font le compte, combien de gagné, combien de perdu dans la comptabilité du désir…"

 

Et Celeste, l’amour ingénue, la jeunesse, l’amour,

Et La légende du véloce Totò, le voleur aux pieds légers qui travaille au couteau et après lequel court toute la police,

 

Mimmo, Totò, Celeste, Cristofaro et Carmela sont le Borgo Vecchio. Giosuè Calaciura leur souffle la vie et Lise Chapuis recrée le miracle.

 

Lisez Borgo Vecchio avant que de débarquer à Palerme face à ce quartier qui vous tend les bras à la sortie du port sous le château des Normands et de la chapelle palatine. Voyageurs et touristes, souvenez-vous que Les villes de mer ont pour ceux qui débarquent des destins malheureux de misère, parce que l’on éprouve plus fortement la nostalgie du retour avec l’urgence du départ.

 

Magnifiquement traduit de l’italien par Lise Chapuis

 

Notabilia, 2019 chez Sellerio Editore à Rome sous le même titre, 150 pages, 16€

 

Lectori salutem, Patrick

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article