Yves Bomati et Houchang Nahavandi – Iran, une histoire de 4 000 ans.

Publié le par Patrick Chabannes

« La défaite des Iraniens face aux Arabes à la fin de l’époque sassanide est un des événements les plus honteux de l’histoire de notre pays. Un grand empire cultivé fut détruit et anéanti par un petit peuple du désert affamé et famélique. Et le monstre du fanatisme religieux qui est le pire ennemi de chaque nation pénétra dans nos terres. »

Formidable voyage dans le temps et l’espace proposé par deux auteurs, deux regards, l’un français et l’autre iranien décrivant au travers des âges les composantes qui firent l’Iran et qui préludent à l’Iran de demain, un carrefour, une langue, une culture, une poésie, une littérature, une tolérance plurimillénaire.
Le pays des Aryens, l’Iran, la citadelle gardée par de hautes montagnes, carrefour entre les espaces turcs, arabes, indiens et russes, s’enorgueillit de 4 000 ans d’histoire et de passion, de batailles et de poésie, de sang et de littérature, contre les civilisations assyrienne puis babylonienne, grecque, romaine, arabe, ottomane, occidentale, russe et enfin américaine aujourd’hui. 

Un livre à lire pour mieux situer l’Iran au sein des enjeux du Moyen Orient et de la géopolitique globale.

 

 

Les auteurs, Yves Bomati et Houchang Nahavandi, détaillent la formation de l’espace culturel avec le premier grand empire, Cyrus et Darius, le choc des civilisations avec l’irruption de l’Islam, l’âge d’or des Safavides et le tourbillon de la modernité. 

Prenons quelques minutes pour nous glisser dans les plis de l’histoire……

Yves Bomati et Houchang Nahavandi – Iran, une histoire de 4 000 ans.

Les Élamistes, fils d’Elam et petis-fils de Noé
Si l’histoire a commencée avec les premières traces de vie avérées au VII millénaire, c’est au cours du Ier millénaire que les Élamites, descendants d’Élam, fils de Sem, petit-fils de Noé, occupèrent les plateaux intérieurs fertiles et développèrent une brillante civilisation avec des apports sumériens, Suse, malgré des rencontres inamicales avec les voisins, Babyloniens, Assyriens, Kassites et Lullubis. Nabuchodonosor Ier (1126 – 1105) les anéantit et, 350 ans plus tard, l’Assyrien Assurbanipal (687 – 627) éteignit la civilisation élamite.

« En un mois j’ai transformé le pays d’Elam en un champ de ruines. J’y ai éteint la voix des hommes, le bruit des animaux domestiques, le chant des oiseaux. Les bêtes sauvages pourront y vivre en toute tranquillité. » Assurbanipal (687 – 627) sur un fronton à sa gloire.

 

L’Iran, le pays des Aryens
Le premier millénaire avant JC vit l’arrivée plus importantes des Indo-Européens Aryens. Ces peuplades venues des plaines gelées de la Sibérie et du sud de la Russie, solides, batailleurs, cavaliers émérites et agriculteurs se mêlèrent aux populations. Le paysage géopolitique de la région se recomposa entre les Assyriens, le royaume de Uartu (Ararat) et les peuples indo-européens dit Aryens : les Mèdes, les Perses, les Cimmériens, les Parthes et les Scythes, pour ne parler que des plus connus de ces peuples migrants qui s’établirent dans ces contrées. La langue élamite sera langue de l’empire, le vieux persan est inspiré de l’écriture cunéiforme élamite, sa capital Suse, ses arts, sa religion, sa bureaucratie et même sa tunique courte….

 

Nabudochonosor, Assurbanipal, Sardanapale

Des noms illustres sonnent à nos oreilles et jouent leurs parties. Les Perses, à partir de leur province Parsa (Fars), menèrent maintes batailles contre les Assyriens (VIIème) jusqu’à la destruction d’Assur et Ninive. Alors Babylone devient l’adversaire.  Les sémitiques Babyloniens et leurs dieux, Gilgamesh, Enlil…, contre les Perses indo-européens, aidés par Ahura Mazda.

 

Le Zoroastrisme
Le Zoroastrisme, toujours vivant en Iran et aux Indes, son livre sacré, Avesta, le prophète, Zoroastre ou Zarathoustra, le Dieu, Ahura Mazda, ce Dieu unique et l’homme libre de ses choix. Un goût de christianisme avant l’heure.

 

Cyrius et Darius, un empire de 12 siècles
559, premier Shah in Shah, Roi des Rois, la création de l’Empire grâce à l’alliance des Mèdes et des Perses. Un empire au sein duquel vivent les religions, les peuples, avec leurs coutumes et l’alliance. Cyrus n’alla-t-il pas jusqu’à faire reconstruire (536 – 515) le Temple des Hébreux détruit par Babylone en 586 marquant le début de la grande alliance ancestrale Iraniens et Hébreux ? Très avant-gardiste, Cyrus ! Le Cylindre dit de Cyrus (538) ne se déclare-t-il pas contre l’esclavage, pour les respects des cultes et la sécurité des populations ?

Objet de fierté pour de nombreux Iraniens, Cyrus est fêté aujourd’hui lors de la fête du Nowvrouz, le nouvel an iranien.

À Darius le Grand, le petit-fils, l’organisation de l’Empire avec une administration organisée à partir de 20 satrapies, présentant chacune une unité linguistique, ethnique et traditionnelle, avec la construction de routes – 2 400 km de routes pavées passant par Persepolis, Suse, Ecbatane et Sardes et l’établissement d’une Poste fonctionnant en permanence sur un empire grand comme 30 fois la France, et avec une monnaie de référence internationale, la darique,

 

Alexandre le Maudit
320, l’arrivée d’Alexandre précipita la chute des Achéménides (Xerxes Ier, Artaxerxes Darius III). Alexandre le Maudit n’aurait-il pas fait brûler l’Avesta et anéanti le zoroastrisme ?

 

Les Sassanides, 40 Rois
224, les Sassanides prennent la relève des Arsacides (480 ans de règne). Cette dynastie de 40 Rois sera la dernière dynastie préislamique (invasion arabe en 651). Le premier d’entre eux, Ardeshir (226 – 241) revint aux sources humanistes de Cyrus avec des maximes et préceptes imprégnés de zoroastrisme qui ont inspiré beaucoup d’écrits politiques iraniens. 

Malgré quelques batailles avec les romains, son fils, Chapour 1er, continua son œuvre avec la traduction en pahlavi des textes grecs, romains, et bouddhistes et l’établissement du texte référentiel, définitif et cohérent de l’Avesta. Ce fut aussi le temps de l’arrivée d’hérétiques chrétiens, les Nestoriens, qui diffusèrent la pensée nestoriennes diophysite (école de Nisibe). N’oublions pas non plus le Manichéisme avec le célèbre Manes (ou Mani) avec son syncrétisme religieux.

 

Arrivée de l’Islam
628, les Sassanides sont en déclin et ne peuvent tenir le choc face aux troupes arabes. La bataille de Nahavand (642) marque la fin d’un empire de 14 siècles basculant dans un autre monde.

« La défaite des Iraniens face aux Arabes à la fin de l’époque sassanide est un des événements les plus honteux de l’histoire de notre pays. Un grand empire cultivé fut détruit et anéanti par un petit peuple du désert affamé et famélique. Et le monstre du fanatisme religieux qui est le pire ennemi de chaque nation pénétra dans nos terres. » Ebrahim Pourdavoud in Pourquoi les iraniens furent battus par les Arabes, Téhéran, Anahita, en persan, 1965

 

L’Islam : sunnisme et chi’isme. 
L’assassinat du quatrième Calife (661), Ali, cousin et gendre de Mahomet, la fuite de sa famille d’Ali en Perse, la guerre contre Hussein se terminant par le massacre de Kerbala (680) marquent l’avènement des Omeyades, depuis leur capitale Bagdad, sur la Perse. L’Iran passe sous administration arabe, langue et religion arabe, développement du shiisme duodécimain, avant la dynastie des Saffarides (861), deux siècles de silence.

 

Langues, culture, poésie
En l’absence de stabilité politique durant toutes les années des Saffarides, des Salménides (900) puis des Bouyides et autres turcs Seljoukides (1100) se développent la culture et la littérature iranienne.

Création d’un mouvement de résistance culturel avec le développement culturel avec 

  • Une langue, marqueur d’identité : la langue Dari s’impose face à l’arabe, au pahlavi ou au moyen-perse chez les ménestrels, les poètes et le peuple,
  • les villes de Rey, Ispahan ou Shiraz sont des centres culturels.
  • la poésie avec les Rûmi, Saadi ou Hâfez,
  • le Livre des Rois, Khodaï-nameh, porte-voix de l’iranité, hymne national à la pérennité de l’Iran
  • le roman avec le Livre d’Alexandre ou Khosrô et Chirine de Nezâmi, sans oublier l’épopée ou les écrits mystiques de Attar de Nichapour, un des représentant du soufisme iranien avec son Cantique des Oiseaux, 
  • la science avec le Traité du système de numération des Indiens, l’Abrégé de calcul par la restauration et la comparaison à l’origine de l’algèbre de Khwarizmi,
  • la médecine, l’astronomie….

Hasssan Sabbah, le Vieux de la montagne

Au sein de la forteresse d’Alamut, Hassan Sabbah envoie ses assassins avec des motifs très variés. Invention du terrorisme politique.

 

Le chi’isme ismaélien 

Le chi’isme ismaélien né chez les partisans de Fatima la femme de Ali, les Fatimides, marque un Islam apaisé voir tolérant et libéral, enfin pas pour les filles, et toujours présent dans le sous-continent indien

 

Et de nos jours

Et l’ouvrage de détailler encore l’irruption des Mongols au XIIIème, l’âge d’or des Safavides avec le Shah Abbas Ier (1501 – 1736), l’irruption de la modernité, la lutte avec les Russes et l’arrivée du communisme suivie de la révolution islamique et la faute politique de Valéry Giscard d’Estaing et les intellectuels français qui se trompèrent comme d’habitude soutenant la cause sans lire les textes de Khomeyni, la guerre contre l’Irak, les sanctions internationales.

 

Conclusion

"Un phénomène fondamental qu’il est difficile pour les observateurs étrangers non-iraniens d’intégrer à leurs analyses, tant ils restent inféodés à leurs clichés, est la désislamisation de la société iranienne jusque dans ses couches les plus conservatrices. Les mosquées se vident de plus en plus, y compris à la campagne - et ce, malgré les images de propagande du régime -, alors que les prisons sont pleines."

L’évolution des prénoms, la contestation du port du voile, la place de la femme dans la société, l’évolution de la cérémonie du mariage, la montée du soufisme, du zoroastrisme, de l’agnosticisme voir de l’athéisme, tout indique que les enfants de Cyrus et Darius reviendront sous peu sur le devant de la scène.

 

 

Perrin, 2019, 357 pages, 33 pages de notes, 15 pages de bibliographies et 7 pages d’index pour 24€. Un cadeau au vu du travail accompli

 

Lectori salutem, Patrick

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